dimanche 26 mai 2013

Les costumes du New York City Ballet en vente

Le New York City Ballet a organisé la semaine dernière une vente inédite de certains de ses costumes. En quelques jours tout est parti évidemment et à des prix exorbitants. Néanmoins, un coup d’œil sur ces œuvres (juste pour rêver) s'imposait dans ce blog où la mode et la danse s'allient dans une valse régulière...
Cette photographie illustre la boutique de costumes du NYCB, prise par Wendy Whelan la danseuse et Kellie Sheehan la costumière, elle était aussi en vente sur le site.
C'est le site One King's Lane qui gérait cette vente rare. Commencée le 21 mai 2013, elle est close depuis vendredi 24 mai il me semble. Mais il est encore possible d'observer ses trésors sur le site de The Cut, d'où proviennent les photographies de cet article (sauf mention contraire).

Le New York City Ballet est une compagnie de danse américaine fondée en 1948, Balanchine en devient le directeur artistique et à sa mort, c'est Robbins qui lui succède. 
George Balanchine est né en 1904 et mort en 1983, c'est un danseur américain d'origine russe. Sur cette photo, il est en répétition - source : ArtsAlive
Américains en majorité, ses danseurs sont issus pour la plupart de la School of American Ballet. La compagnie devient très vite l'ambassadrice du ballet américain. Le répertoire est très marqué par la danse classique et les œuvres de Balanchine sont mises à l'honneur.
Jewels (bijoux)  est un ballet en trois parties chorégraphié par Balanchine. Les interprètes sont transformés en pierres précieuses, ici les rubis - source : nytimes
Après ce court historique, il est temps maintenant de découvrir ces petites merveilles vendues cette semaine. 
Tutu "Diamonds" réalisé pour Darci Kistler pour le ballet Jewels, vendu pour la somme modique de 5 999 dollars. Mais pour une telle merveille...
Tutu du corps de ballet, issu du ballet Divertimento N°15, vendu pour 2 999 dollars
Le ballet Divertimento N°15 en représentation à San Francisco - source : blog impressions danse
Robe rose réalisée pour la ballerine Kyra Nichols lors du ballet Brahms-Schoenberg Quartet, vendue pour 3 499 dollars
Tunique portée par Joaquin de Luz danseur du ballet Songe d'une nuit d'été, vendue à 3 999 dollars.
Le ballet Midsummer Night's Dream avec Joaquin de Luz, on reconnaît la fameuse tunique dont on ne voit pas bien toutes les dorures par rapport à la photo précédente - source : timesunion
Des esquisses des costumes étaient aussi mises en vente pour 299 dollars chacune. A gauche, costume pour homme du ballet Symphony in C et à droite, costume pour femme pour le même ballet. Tous deux sont réalisés par Marc Happel, le directeur des costumes du NYCB.
Les chaussons usagés des danseuses sont aussi en vente, par exemple ceux-ci appartiennent à la ballerine Ana Sophia Scheller pour 149 dollars.
La couleur rouge pétante de ces derniers chaussons me fait penser à un film que j'adore. Sorti en 1948, Les Chaussons Rouges, de Powell et Pressburger invite Léonide Massine, le célèbre danseur des Ballets Russes dans son casting - source : PDXFilms
Voilà pour ce tour d'horizon, je n'ai mis que les pièces que je trouvais les plus belles dans cet article. Il y a aussi un livre dont la première page est dédicacée par l'ensemble des danseurs du NYCB en vente. En revanche, je ne suis pas parvenue à savoir la raison de cette vente. Je cherche toujours...
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vendredi 24 mai 2013

Les costumes des films de Jacques Demy

La Cinémathèque Française de Paris organise au printemps 2013 une rétrospective de l’œuvre du cinéaste Jacques Demy, extraits de films, dessins, peintures, sculptures et reproductions de costumes nous plongent dans l'univers enchanté de l'artiste. L'occasion de revenir sur les costumes emblématiques de ses différents films et son ancrage dans la mode des années 60/70/80.

Jacques Demy et sa muse, Catherine Deneuve - couverture du catalogue d'expo provenant de people-looks
Qui est Jacques Demy ?
Né en 1931 en Loire-Atlantique et mort à Paris en 1990, par son travail de cinéaste, on le rapproche de la Nouvelle Vague comme sa compagne, Agnès Varda. Ce mouvement cinématographique est très marqué par son époque, la fin des années 50, début des années 60. Les Trente Glorieuses, la guerre d'Algérie, les révoltes étudiantes, le féminisme, constituent le contexte historique de ces films apportant un nouveau souffle au cinéma français alors en plein changement tant dans ses thèmes que dans sa technique. Les films les plus connus de Demy furent tournés à la fin des années 60.

L'exposition.
Un avant-goût de la scénographie sur le site de la Cinémathèque.
La scénographie impressionne par sa beauté et sa richesse. Les décors des films sont reconstitués, que dire de la galerie Lancien ! Le tout concentré dans un parcours assez court mais tellement foisonnant qu'on y passe une bonne heure et demi. On croisera des extraits de films, des œuvres de Demy autres que cinématographiques, et des témoignages comme celui de sa compagne ou d'Harrison Ford. Les costumes présentés ont été reconstitués pour la plupart, ils sont éblouissants et font de parfaits échos aux extraits des films. J'ai regretté de ne pas voir davantage de costumes notamment des Demoiselles de Rochefort ou des Parapluies de Cherbourg (évidemment). La part belle étant faite au film Peau d'âne.
Les costumes présentés lors de l'exposition sont visibles sur le site de la Cinémathèque (diaporama), ils ont été reconstitués spécialement pour l'exposition. 
La guêpière du film Lola portée par Anouk Aimée, juste sublime, trouvée sur le site du journal 20 minutes. Lola est un film réalisé en 1961 racontant l'histoire d'une danseuse de cabaret à la recherche de l'amour. Demy a choisi la ville de Nantes comme décor, ville à laquelle il était très attaché. Source de la photo d'Anouk Aimée.

Les robes de Peau d'âne, film de 1970,  portées par Catherine Deneuve. Au premier plan, la robe-ciel, les nuages sont projetés sur le tissu bleu ; à gauche, la robe-soleil et à droite la robe-lune. Cette dernière est visible sur la 2e photographie, trouvée sur ce site. Loin de se conformer à une certaine réalité historique, la confection des costumes évoquent davantage un monde onirique, plus proche des contes que de l'Histoire. Néanmoins, la mode du XVIème siècle semble avoir inspiré Augusto Pace (le costumier) par ce côté grandiloquent et ce foisonnement de tissus.

La fameuse peau est aussi présentée (source de la photo de droite)

La confection des costumes.
On doit les costumes les plus marquants de l’œuvre de Demy à deux femmes : Jacqueline Moreau et Rosalie Varda (la fille du cinéaste). Un article de Sylvie Perault (Jacqueline Moreau et la création de costumes pour J.Demy / S. Perault/ CERPCOS-05/2013.) sur Jacqueline Moreau qui a travaillé sur les Parapluies de Cherbourg et les Demoiselles de Rochefort est particulièrement éclairant sur sa méthode de travail avec le réalisateur. Jacqueline Moreau est une amie d'enfance de Jacques Demy, elle a aussi travaillé avec d'autres cinéastes non moins célèbres comme Godard, Tavernier ou Costa-Gavras. Toute la difficulté de son travail sur ces deux films fut d'accorder les tenues des acteurs avec le décor, une scénographie créée par Bernard Evein à laquelle la Cinémathèque rend un bel hommage en reconstituant certaines pièces présentes dans les films de Demy. Dans une interview, Jacqueline Moreau explique qu'elle devait en général déterminer les couleurs des costumes après le choix des papiers peints. Pour Demy, les couleurs vives étaient un choix destiné à le rapprocher de la comédie musicale américaine.
Les couleurs vives des costumes comme du décor dans les Parapluies de Cherbourg, 1964 - source
Les couleurs vives des Parapluies deviennent pastel en 1967 pour les Demoiselles de Rochefort. Jacqueline Moreau se fournit dans le prêt-à-porter de l'époque, elle teint certains vêtements pour leur donner les couleurs voulues. Bernard Evein doit repeindre certaines façades de maisons pour les accorder aux costumes. Jacques Demy veut des chapeaux, des robes à la Marilyn Monroe, et identifie chaque sœur jumelle à une couleur :
Le rose pour Delphine (Catherine Deneuve) et le jaune pour Solange (Françoise Dorléac) - source
Poupoupidou... (source)

Rosalie Varda, quant à elle, travaillera sur Une Chambre en Ville, en 1982, Parking, en 1985, et Trois Places pour le 26, en 1988, entre autres.
Edith (Dominique Sanda), dans Une chambre en ville, porte un manteau de fourrure, symbole de la bourgeoisie mais étant nue sous son manteau, elle apporte aussi un parfum de scandale - source
Les extravagants costumes de Marie-France Pisier (sa robe est visible dans l'exposition) et de Jean Marais dans Parking, une adaptation moderne du mythe d'Orphée - source
Mathilda May et Yves Montand dans Trois Places pour le 26 - source
A l'image d'une époque...
A travers trois exemples, je voudrais maintenant illustrer l'influence de la mode des années 60, 70 et 80 sur les costumes des films de Jacques Demy.
Commençons par Les Parapluies de Cherbourg et cette robe portée par Catherine Deneuve :
En 1964, Catherine Deneuve porte une robe en vichy bleu, un tissu à carreaux, dans les Parapluies de Cherbourg. Son rôle de jeune fille de bonne famille semble contredit par cette robe-même qui rappelle un sex-symbol des années 60 - source.
En effet, Brigitte Bardot adopte aussi le look petite fille sage quelques temps auparavant et lance la mode du tissu vichy dans les années 50. Ici, on la voit en photographie sur la couverture du magazine Elle du 17 août 1953 - source
En 1967, dans les Demoiselles de Rochefort, Françoise Dorléac porte un ensemble blanc de toute beauté en accord avec la tenue de son partenaire Gene Kelly :
Béret et robe à jupe plissée sont caractéristiques de la mode des années 60 qui habille souvent les femmes comme des petites filles à grands coups de tissus vichy, cols Claudine ou de courtes robes comme le montrent les créations de la couturière emblématique de l'époque, Mary Quant - source
Sur cette photographie de 1965 prise au Variety Club, on reconnait les chanteuses Cilla Black, Petula Clark et Sandie Shaw habillées en mode Lolita, vous aurez reconnu la fameuse jupe plissée à gauche - source
Enfin dernier exemple, celui-ci pour les années 80. En  1988, Mathilda May court, robe rose au vent, veste et sac en jean :
Robe corolle d'un rose romantique alliée au bleu du jean, sac assorti - source
La veste en jean est le grand amour des années 80 et 90 comme le montre cette couverture de Elle dans les années 1980 avec Sophia Loren. Paraît que la veste en jean redevient très "in" ces derniers temps en particulier avec une robe romantique, Mathilda May avait tout compris ! - source
Jacques Demy semble avoir toujours porté intérêt à l'air du temps en matière de mode pour les costumes de ses films. Je terminerai ce post en vous conseillant encore une fois d'aller faire un tour à l'expo de la Cinémathèque, histoire de goûter au monde pastel et coloré (mais pas que) de ce cinéaste.
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