dimanche 27 janvier 2013

Exposition Fashioning Fashion - Deux siècles de mode européenne de 1700 à 1915

L'année 2013 commence fort avec la venue en France d'une exposition exceptionnelle retraçant l'histoire de la mode du XVIIIème siècle au début du XXème. Après une première escale à Berlin, ces collections acquises par le LACMA, Los Angeles County Museum of Art, sont actuellement présentées au musée des Arts Décos de Paris jusqu'en avril 2013. Petit compte-rendu de ma visite...

Robes, corsets, pantalons, vestes, broderies, dessous et dessus... L'exposition affiche des pièces emblématiques de l'histoire du costume de cette époque - source de l'affiche : Arts Décos
Petit florilège de pièces présentées lors de l'exposition.
Le site internet du musée met à disposition des curieux de belles illustrations mais on peut retrouver quasiment toute la collection sur le site du LACMA, c'est de là que proviennent les photographies de cet article. Allez y faire un tour si vous ne pouvez vous déplacer sur Paris car les photos sont de toute beauté.
Toutefois, voir ces costumes en face à face, cela reste à mon goût une expérience pasionnante. Quoi de plus fascinant que d'observer  le corps féminin et masculin évoluer au fil du temps ? La silhouette des siècles passés est parfois drôlement éloignée de la notre. A plusieurs reprises, la taille des mannequins, leurs mensurations m'ont frappée. Le corset déforme la femme d'une manière effrayante. La petitesse de certains mannequins, nous montre que bien que originaires des couches sociales les plus aisées de la société, hommes et femmes qui ont portés ces vêtements, ne bénéficiaient sans doute pas d'un équilibre alimentaire très approprié. 
Bref, je ne suis pas restée focalisée sur les costumes. Lors de ce genre d'expo j'aime aussi imaginer les corps qui les portaient.
Je vous propose ici un défilé qui, j'espère, vous donnera un avant-goût délicieux de ces splendides collections !
Le musée présente une robe à la française d'origine anglaise, datant de la moitié du XVIIIème siècle. Elle se portait sur des paniers, pièces particulièrement inconfortables, et qui sont aussi visibles dans l'exposition. La robe à la française se compose d'un manteau avec une traîne, d'une pièce d'estomac richement décorée disposée sur un corps à baleines qui sert le haut. Le jupon se doit d'être ample, le tissu utilisé pour confectionner une telle tenue était en quantité importante et cela révélait bien sûr la richesse de la personne. La robe à la française est considéré comme la robe des grandes cérémonies et comme la robe de cour au XVIIIème siècle.
Voici une autre robe à la française, plus printanière et moins tapageuse. Je la trouve sublime avec ces broderies florales. Elle date du milieu du XVIIIème siècle.
Voici un bel exemple de pièce d'estomac qui se positionnait sur le corps à baleines. Ce dernier n'était pas décoré, n'ayant pas pour but d'être admiré (car caché sous le manteau). En revanche, la pièce d'estomac est richement décorée de dentelles, broderies, perles...
Autre robe en vogue à la même époque, la robe à la polonaise, les détails de celle-ci sont juste à couper le souffle.
Au XVIIIème siècle, l'habit de cour et habit de cérémonie pour les hommes, c'est l'habit à la française. Il disparait à la fin du siècle, avec la Révolution, mais revient en vogue sous l'Empire. Les autres classes sociales portaient aussi ce costume mais bien évidemment, la qualité des tissus variait selon les richesses de chacun.
Voici un gilet fabuleux, porté au début de la Révolution Française, on y voit une chenille et des inscriptions brodées telles que "l'habit de fait pas le moine". Je regrette les explications un peu lacunaires sur cette pièce, j'essaierai par ailleurs d'en savoir plus sur la signification des couleurs et des symboles, ainsi que sur la fréquence de ce type de vêtements durant la période. On peut d'ors et déjà remarquer la présence des trois couleurs françaises en harmonie avec le drapeau qui vient alors d'être créé.
La mode anglaise influence grandement les Françaises qui adoptent la redingote.
Au début du XIXème siècle, à mi-chemin entre la mode empire et la mode romantique, les femmes adoptent le spencer, cette veste courte est sublimement travaillée tout en restant simple.
Deux adorables accessoires de la garde-robe féminine : l'ombrelle et le réticule, petit sac brodé avec de la soie.
Costume de la première moitié du XIXème siècle. La redingote en queue de pie, la canne  et le haut-de-forme donnent déjà à ce mannequin une allure de dandy. La mode anglaise prend le dessus sur la mode française qui faisait encore référence au cours du XVIIIème siècle.
Deux superbes robes de la moitié du XIXème, celle de droite est destinée à être portée en bord de mer. Les loisirs balnéaires se développent avec la diffusion de la locomotive à vapeur. Mais la femme reste engoncée dans sa crinoline.
Le corset change de forme au cours du siècle selon la silhouette à la mode. Ici, c'est la silhouette romantique qui est en vogue, les épaules sont amplifiées la taille serrée et les hanches larges.
Autre corset, autre époque. Celui-ci donne à la femme une silhouette en S telle que la mode l'exige vers 1900, on voit que la poitrine est mise en avant, elle n'est plus comprimée. Par contre le fait que ce corset soit en cuir me laisse perplexe, ce devait être une femme assez libertine qui pouvait oser ce type de matière.
Descendante de la crinoline, la tournure devait donner du volume au niveau des reins vers 1870. En terme d'objets de torture, la mode s'est montrée particulièrement inventive du côté des femmes durant tout le XIXème siècle !
A la vue d'une pareille beauté, on ne peut s'empêcher d'imaginer que le corps de la femme est coincé, contrôlé par tout un attirail d'instruments qui rendent sa vie inconfortable. Robe de Mademoiselle Giroux datant de 1880. La crinoline ne se porte plus sur ce genre de robe près du corps, c'est le règne de la tournure.
Joli bonnet (fanchon) de 1860 fait de lin, soie, velours et de perles.
Les milieux aisés du début XXème siècle se procurent des tenues exceptionnelles auprès des créateurs de haute-couture comme Paul Poiret. Dans les années 1910, les Soeurs Callot suivent la tendance des Ballets Russes et la mode orientaliste en concevant cette tenue digne des milles et une nuits qui se porte plutôt en intérieur. Le corps de la femme se libère du corset, les vêtements s'allègent laissant libres les mouvements au lieu de les contraindre.
Deux siècles de mode européenne, ce sont donc deux siècles d'évolution de la silhouette masculine et féminine. Certes les évolutions dans le costume des hommes sont moins frappantes que dans celui des femmes. Mais on remarque une simplification au début du XXème siècle pour les deux sexes. Ces collections démontrent combien la mode, plus qu'affaire de futilités est le résultat d'influences politiques, morales, économiques et artistiques foisonnantes.

Qu'ai-je pensé de cette visite ?
J'avouerai être plutôt partagée. D'un côté la scénographie m'a déçu, trop identique aux expositions précédentes, peu d'originalité (alors que celle de Berlin avait juste l'air incroyable) et un noir attristant. Je comprends que la lumière se doit d'être tamisée dans ce genre d'expositions pour protéger les costumes mais en cherchant un peu, il devait être possible de mettre plus de couleurs à la mise en scène. Le costume enfantin était à mon goût trop peu représenté. En revanche, un bon point pour le costume masculin très présent, ce que ne reflète pas vraiment mon compte-rendu car (par mauvaise habitude) je me suis plutôt concentrée sur les pièces féminines. Concernant les points négatifs, je regrette que les chaussures ne soient pas plus mises en avant. Je crois que la plupart des visiteurs ne prêtent guère attention à ces pièces car elles se trouvent au pied des mannequins mais par conséquent, on n'est pas très disposé à les admirer confortablement. Ce point de vue est tout à fait démontable car en même temps, je trouve aussi sympa de pouvoir admirer un costume au complet, avec les chaussures assorties. 
Chaussures de 1700 ou 1715. N'oubliez pas de regarder les pieds des mannequins en visitant l'expo, on y découvre des merveilles.
Je regrette souvent le manque d'explications dans ces expositions mais je comprends que l'on peut tout aussi bien les trouver dans le catalogue, je touche donc là à une stratégie commerciale tout à fait défendable. 
J'ai d'ailleurs eu l'occasion d'acquérir ce catalogue et il est très complet et traitant une période passionnante. Il en vaut  le coup (ou plutôt le coût : 55€). 
Pour résumer, cette exposition ne doit pas être boudée malgré ses défauts. Je dirais que ce qui fait son originalité et son point fort c'est la représentation des hommes parmi le parcours proposé ainsi que des pièces rares et parfois surprenantes. Enfin, je le dis souvent ici mais il est tellement mieux d'admirer ces vêtements en vrai que sur du papier glacé ! Vous l'aurez compris, je vous encourage à faire un tour Rue de Rivoli, et n'hésitez pas à partager votre opinion ou un lien vers votre blog après la visite que l'on compare nos impressions.

Comme précisé plus haut, ces photographies proviennent du site du musée LACMA, vous trouverez facilement la page Fashioning Fashion en tapant Fashion dans la barre de recherche. Le site des Arts Décos est très éclairant du côté explicatif. 

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