samedi 6 octobre 2012

L'histoire de la ballerine Repetto

Comme j'adore mêler la danse et la mode, je me suis donnée aujourd'hui comme objectif de raconter l'histoire de cette ballerine à cheval entre deux univers que j'apprécie. Ah comme je rêverais d'avoir les moyens de m'offrir les ballerines cendrillon rouge ! Pour rêvasser encore et se cultiver par la même occasion, voici un article qui je l'espère vous intéressera et vous en apprendra un peu plus sur les origines de cette légendaire paire de ballerines françaises.
Repetto, une marque mythique qui a marqué la danse comme la mode et le cinéma au XXème siècle - source

Ballerine Cendrillon rouge flamme en veau verni, 175 euros, à admirer sur le site officiel : http://www.repetto.fr
Tout commence en 1947.
Rose Repetto est née en 1907 à Milan, elle créé en cette année 1947 des chaussons de danse pour son fils, Roland, jeune danseur. Celui-ci revenait souvent avec les pieds meurtris de ses répétitions. Sa mère se charge donc de concevoir des ballerines plus confortables. La technique qu'elle utilise est inventive, c'est le cousu retourné : il s'agit de coudre la semelle du chausson à l'envers pour ensuite la retourner. Rose Repetto ouvre par la suite un atelier non loin de l'Opéra Garnier où son fils, Roland Petit deviendra, l'un des plus grands danseurs classique français du XXème siècle. Nombre de ses collègues participeront à la renommée de la marque dans le monde de la danse en s'approvisionnant chez Madame Repetto pour leurs chaussons de danse : ce sera le cas de Noureev ou Carolyn Carlson.
La boutique Repetto en 1947, petit atelier non loin de l'Opéra et de nos jours, Rue de la Paix à Paris, Rose Repetto s'y est installée en 1959, source 1 ; source 2
Rose Repetto voulait le bien-être de son fils, elle créa une marque de référence dans le monde de la danse et de la mode. Ses ballerines sont aujourd'hui tout aussi adaptées à la vie quotidienne - source : Les falbalas de Melle Rose
Son fils, Roland Petit, est une légende la danse classique. Né en 1924, il est mort en 2011. Il est entré à l'âge de 10 ans à l'école de l'Opéra de Paris. Il chorégraphie en 1946 Le jeune homme et la mort, qui est selon moi une pièce formidable. En 1948, il fonde les Ballets de Paris avec sa femme comme étoile : Zizi Jeanmaire.  En 1965, il revient à l'Opéra pour chorégraphier Notre-Dame de Paris. Il a ensuite travaillé avec les plus grands danseurs de son temps : Margot Fonteyn, Baryshnikov...- Sur la photo, Roland Petit en 1947 dans sa loge du théâtre des Champs-Elysées - source
Les plus grands danseurs ont porté les ballerines Repetto, ici, Zizi Jeanmaire et Rudolf Noureev dans une publicité de la marque des années 60 - source
En 1956, le mythe est né.
Alors qu'elle s'apprête à tourner dans le film Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, Brigitte Bardot demande à Rose Repetto de lui confectionner une ballerine de ville confortable tant pour se balader que pour danser. Le mythe est né. Le célèbre chausson de danse quitte un instant l'univers du ballet pour entrer dans le monde de la ville, du quotidien, c'est un succès fou pour la marque.
Brigitte Bardot porte les ballerines Cendrillon que lui a dédié Rose Repetto - source
Des ballerines de stars.
Dans les années 70, Serge Gainsbourg se prend de passion pour les ballerines Zizi de la marque Repetto. Ces ballerines blanches sont un hommage à la belle-fille de Rose Repetto, Zizi Jeanmaire, épouse de Roland Petit. Les ballerines Zizi sont également portées par Mick Jagger des Rolling Stones. Mais après cette période fastueuse, la marque s’essouffle quelque peu.
Les ballerines Repetto deviennent tout aussi masculines grâce à Gainsbourg, véritable ambassadeur de la marque dans les années 70 - source
Mick Jagger succombe lui aussi au charme de la ballerine à lacets, la Zizi - source
Collaborations avec les grands noms de la haute-couture.
Après le décès de Rose Repetto en 1984, la marque prend un coup de vieux tant dans le domaine de la mode que de la danse à cause d'un manque de renouvellement. Lorsque Jean-Marc Gaucher reprend la direction de l'entreprise en 1999, il mise sur la haute-couture et sur des collaborations fructueuses pour redonner du pep's à la ballerine. 
En 2000, le styliste japonais Issey Miyake a créé un nouveau style pour la marque - source 1 ; source 2
En 2002, c'est au tour d'un autre styliste japonais, Yohji Yamamoto, de concevoir un nouveau modèle - source 1 ; source 2
En 2004, c'est la marque japonaise Comme Des Garçons de Rei Kawakubo qui réinvente la célèbre ballerine - source 1 ; source 2
Pour son défilé Printemps-Ete 2009, Karl Lagerfeld travaille avec la marque Repetto. Ces chaussures semblent loin de la ballerine originelle mais le styliste les agrémente d'un tutu de cheville qui rappelle évidemment les liens entre la marque de chaussures et la danse - source
Où sont fabriquées les chaussures Repetto ?
Aujourd'hui, à l'heure de la crise et de la recherche d'une production franco-française, la marque fait figure de modèle mais aussi d'exception. En effet, Repetto se porte bien, la marque s'est redonnée un second souffle. C'est en 1967 que Rose Repetto implante la production de chaussures dans la ville de St Médard-d'Excideuil, en Dordogne. Après une période de crise où l'entreprise a frôlé le redressement judiciaire, l'usine de Dordogne a vu croître sa superficie de plusieurs milliers de m² supplémentaires en 2011. Désormais, les chiffres parlent seuls de cette success story. Près de 30 boutiques se sont ouvertes en Asie cette année-là. Si les produits textiles et les chaussures à talons rigides sont fabriqués à l'étranger, les ballerines et les pointes sont, elles, produites en Dordogne. Pour les danseuses de l'Opéra de Paris, du Royal Ballet de Londres et du Bolchoï de Moscou, la marque fait du sur-mesure. Et même si les prix ne sont pas toujours très accessibles, la ballerine de ville est un classique depuis de nombreuses années désormais. A la fois classe et confortable, elle se porte au quotidien. Repetto profite de cette mode et fait désormais d'importants bénéfices. Voilà une marque française qui se porte bien.
L'usine Repetto à Saint-Médard d'Excideuil en Dordogne - source 1 ; source 2
Repetto et la formation à la danse comme à la couture.
En 2007, alors qu'elle fête ses 60 ans, la marque créé une fondation Danse Pour la Vie, afin de soutenir dans le monde des écoles de danse favorisant la réintégration des enfants en détresse par l'expression artistique.  En 2012, elle ouvre une école de formation à Coulaures en Dordogne afin de former les salariés de la maison Repetto et faire ainsi face à la croissance de son activité et à la nécessité d'embaucher du personnel.
Repetto, une marque qui est parvenue à se renouveler et à suivre les nouvelles tendances pour se donner un second souffle, un bel exemple de réussite. Publicité 2012 avec la danseuse-étoile Dorothée Gilbert, petit hommage à Loïe Fuller ? - source
La ballerine à travers l'histoire.
Petit retour aux sources pour terminer. Savez-vous d'où viennent ces fameux chaussons de danse, aujourd'hui nommés ballerines?
C'est dans les années 1780 que le soulier des danseuses connaît une profonde modification et que l'on commence à voir apparaître les prémices des chaussons de danse. Dès 1785, la danseuse Marie-Madeleine Guimard danse avec des escarpins inspirés des cothurnes à l'antique. Ces chaussures deviennent ensuite de plus en plus fuselées.
La danseuse française Marie-Madeleine Guimard dans le Premier Navigateur, ballet de l'Opéra de Paris de la fin du XVIIIème siècle (source : Gallica) et une illustration des cothurnes dans la mode gréco-romaine par un dessin d'Ingres (source : La Joconde).
Alors qu'au début du XIXème siècle, la mode est au style empire, on accorde ces robes légères à des souliers évoquant tout à fait les ballerines d'aujourd'hui. Cette mode ne date donc pas d'hier. L'escarpin serre le pied et se prolonge par des lacets à la grecque autour de la cheville.
Portrait de Laure Bro par Géricault en 1818, la jeune femme porte des escarpins bleu clair, des souliers à la grecque alors que la mode Empire s'inspire fortement de la mode antique - source : Wikipaintings
Au musée de l'Opéra de Paris, les chaussons de danse d'Emma Livry, datant de 1860, sont toujours conservés. Leur ressemblance avec les ballerines de satin d'aujourd'hui est frappante.
Emma Livry dans La Sylphide en 1862, cette danseuse connut un destin tragique, son tutu s'étant un jour enflammé, elle succomba de ses blessures - source : Wikipédia Commons.
Ainsi la mode de la ville a influencé la danse mais l'influence s'est aussi faite dans l'autre sens. Les jeunes filles qui se préparent aux bals avec leur maître à danser porte souvent ces chaussons lors de l'entraînement préparatoire (on le voit d'ailleurs dans une scène du film de Jane Campion, Bright Star)
La Valse, caricature parue dans le journal Le Bon Genre en 1801, on remarque que les femmes portent des chaussons de danse souples et étroits - source

Cette illustration du journal de mode Le Petit Courrier des Dames datant de 1829 montre que la mode de l'escarpin à lacets à la grecque, parent de la ballerine de danse, est toujours en vogue dans la bonne société de l'époque et s'associe à merveille avec une robe de Palmyrienne - source
Vers la moitié du XIXème siècle alors que la technique des pointes se met en place, les ballerines se renforcent à l'embout. Elles deviennent ensuite un incontournable outil de la danse.
L'histoire de Repetto nous permet de conclure une fois de plus que les liens entre danse et mode sont ténus et l'ont été à plusieurs reprises depuis ces trois derniers siècles.
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