mardi 16 octobre 2012

Exposition l'impressionnisme et la mode au musée d'Orsay

C'est l'exposition phare de cette fin d'année, avis aux passionnés des arts, l'événement propose un dialogue inédit entre la peinture et la mode des années 1860 jusque 1880. J'y suis allée, j'ai apprécié et j'en ferai ici un compte-rendu qui j'espère vous persuadera d'y faire un tour ou vous permettra d'en déguster quelques extraits si vous ne pouvez pas être sur Paris.
L'affiche de l'exposition reprend le tableau de Manet, la Femme au Perroquet, symbole des cinq sens. Cette peinture est conservée au Métropolitan Museum de New York, elle fait partie des tableaux exceptionnellement prêtés pour cette exposition qui devrait ensuite être présentée à New York et Chicago - source : Paris.fr
Qu'allez-vous voir dans cette exposition ?
Avant tout, dès l'entrée, ce qui frappe c'est la scénographie, la mise en scène de l'exposition. Critiquée par certains, elle semble plutôt appréciée du public, d'après ce que j'ai entendu. Quelques journalistes ont regretté que le côté grand spectacle noie les œuvres présentées. Certes, la décoration en met plein la vue, tapis rouge, sièges de velours, chants d'oiseaux, sons champêtres, pelouse artificielle, tapisserie romantique... on est plongé dans une ambiance comme au cinéma, on en ressort presque étourdis. Derrière cette mise en scène, on trouve Robert Carsen, il a aussi participé à la scénographie de l'expo Bohèmes au Grand Palais. L'homme est un metteur en scène d'opéras à Paris, à la Scala de Milan et à la Royal Opera House. Je comprends que son travail ne fasse pas l'unanimité. Quant à moi, je n'ai pas eu le sentiment de porter moins d'attention aux chefs d'œuvres, au contraire, j'ai trouvé que la magie fonctionnait bien et que le tout formait un bel écrin pour toutes ces merveilles.
Robert Carsen a imaginé les tableaux comme dans un défilé de haute-couture, tapis rouge, miroirs, les sièges adjacents portent les noms de personnalités de l'époque, c'est un petit détail amusant.
La dernière salle est consacrée à la mode en plein-air, on circule entre les toiles comme dans un parc, l'ouïe et la vue sont sollicitées. On peut même se reposer sur de charmants bancs vert bouteille.
Quant au contenu, il est tout aussi fascinant. Le musée d'Orsay présente certaines peintures qui font partie de ses collections permanentes mais aussi des œuvres qu'il est rare de voir en France.
Ce tableau de Renoir représentant Madame Georges Charpentier et ses enfants date de 1878, il fut exposé en France dans les années 70 la dernière fois, il est actuellement conservé au Métropolitan Museum de New York. Hormis la troublante correspondance entre la robe de Marguerite et le chien aussi de noir et de blanc, ce tableau nous rappelle que les vêtements des petits garçons ne se différenciaient pas de ceux des filles avant un certain âge. Ici, seul le bracelet doré de la petite Georgette nous permet de la différencier de son frère.
Et puis, lorsque l'on est passionné par l'histoire du costume, on est bien sûr ravi de voir de vrais vêtements présentés et d'époque s'il vous plaît. Certains proviennent des collections du Musée Galliera (celui-ci est fermé pour travaux depuis 2009, voilà donc un excellent moyen de gérer sa frustration !). L'objectif de l'exposition est de créer un dialogue entre ces œuvres de tissus et de peinture. Certaines pièces l'évoquent avec pertinence. C'est l'historienne de l'art américaine Gloria Groom qui est à l'origine de ce projet visant à démontrer combien la mode est vecteur de modernité dans les tableaux des peintres impressionnistes. Ces derniers s'inspirent des costumes mais n'ont pas comme principe d'en réaliser une copie scrupuleuse. Voir ces tableaux nous permet d'imaginer des corps dans ces vêtements, de concevoir comment on se déplaçait, comment on dansait, comment on vivait avec ces costumes et cela constitue un témoignage de taille.
Albert Bartholomé a réalisé un portrait de sa femme, Prospérie, en 1880. La robe porté par cette dernière était aussi présentée lors de l'exposition. L'effet produit est saisissant. Il est rare de voir le visage de la personne ayant porté le vêtement mais il est d'autant plus étonnant de retrouver ce costume sous la forme d'une peinture. J'ai eu le sentiment que le costume donnait vie au tableau et que celui-ci gagnait en réalité. Prospérie avait modifié sa robe au fil des années mais elle a été restaurée à l'identique de celle présente sur le tableau.
La Promenade de Paul Cezanne en 1871, pour cette peinture, l'artiste a utilisé comme modèles des gravures de mode, elles-mêmes présentées lors de l'exposition, car il n'avait pas les moyens de payer de vraies modèles.
Quelle mode fut peinte par les impressionnistes ?
Au bord de mer, cette femme est peinte par James Tisot par deux fois sur deux tableaux et avec la même robe. Tissot est un peintre français passionné par la représentation des étoffes dans ses œuvres, il les détaille avec soin. Sa mère était modiste et son père marchand de drap, son intérêt pour les costumes vient donc de ses origines. Au cours de l'exposition, des tenues sont présentées, elles ressemblent aux costumes d'époque sans pour autant être tout à fait identiques aux robes des tableaux.
Revues et gravures de mode. On peut aussi voir des catalogues des grands magasins, ces derniers étaient diffusés dans le monde entier car la mode parisienne faisait référence.
Les peintres impressionnistes ont peint des scènes en plein-air, l'occasion de représenter des toilettes élégantes, le blanc domine à travers la mousseline blanche par exemple. La mode masculine aussi est à l'honneur : canne, parapluie, gants, frac... les hommes sont élégants. Le long d'un couloir, on découvre un corset, des bas, une culotte et Nana de Manet nous regarde, un petit sourire en coin. Les peintres se plaisent à saisir les modistes et vendeuses dans leurs boutiques, les cocottes à l'opéra et les classes dirigeantes dans leurs loisirs mondains (au bal par exemple). D'adorables chapeaux et accessoires divers sont exposés.
Les pièces présentées sont variées, chapeaux, chaussures, ombrelles...
La parisienne, épicentre de la mode, porte le noir, une couleur qui perd alors sa symbolique traditionnelle. Certes, la grande absente (hormis quelques exceptions) reste la mode populaire mais les impressionnistes étaient issus de la classe bourgeoise, ils ont portraituré leurs amis, leurs fréquentations. Ce silence se justifie donc.
Le petit plus : le catalogue. 
Catalogue disponible
Assez onéreux tout de même (45€), c'est un bel ouvrage. Le papier est de qualité et le grand format est idéal pour mettre en valeur les photos des costumes comme les reproductions de peinture. La 1ère partie est consacrée à la présence de la mode dans la peinture et son rôle dans les œuvres impressionnistes. Un zoom sur un tableau est proposé pour chaque chapitre (Rue de Paris : temps de pluie de Caillebotte ou encore Femme à la robe verte de Monet...). Les parties suivantes évoquent les espaces  de la modernité (jardins publics, bals...) les réseaux mondains (ceux qui diffusent la mode), la mode masculine et la photographie sont aussi des sujets traités avec soin. Des reproductions de gravures de mode et de revues viennent agrémenter les pages centrales. C'est un must-have pour qui s'intéresse à l'histoire du costume. Une version light du catalogue est aussi disponible pour moins de 10 euros, plus synthétique, il reste d'une grande qualité esthétique.
 
Les images présentées dans cet article (hormis l'affiche) proviennent de deux sources : le site du musée d'Orsay sur l'exposition et un article de france tv-info qui permet de voir la scénographie, les photographies n'étant pas autorisées lors de la visite.
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