vendredi 19 octobre 2012

Exposition Cheveux Chéris au Musée du Quai Branly

L'exposition est sous-titrée "Frivolités et trophées", c'est donc un voyage entre les différentes symboliques du cheveu que propose le Musée du Quai Branly jusqu'en juillet 2013. Si le sujet peut sembler futile au premier abord, il mène aussi à des sujets graves. Plusieurs fois au cours de l'exposition, je me suis trouvée la gorge nouée. Car par ce thème, le Musée nous amène de l'amusement à l'effroi et cela à travers des supports variés et par le biais de cultures diverses. Je vous en propose ici un résumé.
Ophélie, tableau d'Ernest Hébert de 1876 - source : RMN
Le cheveu serait une frivolité ?
C'est en tous cas la première impression que laisse la salle d'entrée dans l'exposition. Couleurs pastels, portraits de stars... et pourtant la coiffure cache un langage secret que l'on décrypte sur certaines œuvres. Le mythe de la blondeur est abordé, symbole d'érotisme et d'innocence.
Tête de jeune fille blonde aux yeux bleus d'Ingres, la blondeur angélique - source : RMN
On découvre des sculptures et des tableaux où notre regard est attiré par les coiffures alors qu'on ne les aurait peut-être pas si bien observé dans un autre contexte.
L'équipe des Bouffants Belles lors du départ d'une course au Texas en 1964. Ces athlètes pensaient tirer un avantage de leur coiffure (et pas seulement un avantage esthétique) car cela évitait aux mèches de cheveux de leur tomber dans les yeux pendant la course - source : Le Figaro
La coiffure suit les prescriptions sociales, politiques, religieuses. Elle est moyen de séduction, de révolte et symbole de pouvoir ou de liberté. 
Quelques images qui donnent une idée des pièces hétéroclites présentées lors de l'exposition, de Michèle Morgan à Sainte Marie-Madeleine... - source : FranceTVinfo
Finalement le sujet est vaste mais loin d'être frivole. Il touche même à l'Histoire avec un grand H et à des thèmes graves.

Le cheveu c'est la vie mais aussi la mort.
L'exposition évoque ensuite la perte du cheveu. Celle-ci est parfois synonyme d'humiliation mais aussi de souvenir voire d'amour. Le cheveu a ceci de particulier : il est imputrescible et c'est parfois la dernière chose qu'il nous reste des morts ou d'une vie précédente à laquelle on renonce.
La tondue de Chartres, photographie de Robert Capa. Lors de la libération de la France de l'occupant nazi (en 1944), les femmes qui avaient eu des relations sexuelles avec les Allemands ont été humiliées, insultées, tondues et parfois exhibées nues en place publique. Les vidéos visibles dans une pièce sombre de l'exposition sont dures et donnent toute la mesure de la violence que constitue cette peine - source : FranceTVinfo
A gauche, médaillon de la fin du XIXème siècle comportant des cheveux. A droite, ce serait les cheveux d'Emma, une jeune fille ayant renoncé à sa chevelure avant de rentrer dans les ordres - source : Musée du Quai Branly
On peut trouver à la perte des cheveux de multiples significations. En Afrique, cela marque le passage de l'enfance à l'âge adulte. Lorsque l'on rentre en religion, que ce soit pour les moines bouddhistes ou les soeurs cela renvoie à la pureté. On réalise aussi des bijoux de deuil en incrustant des cheveux dans des médaillons, on garde avec soi un peu de l'être aimé mais hélas disparu. 

Le cheveu devient un trophée.
Le Musée propose des pièces de ses collections provenant des cultures amérindiennes, océaniques et africaines entre autres. On bascule alors de l'émerveillement à l'effroi. En l'espace de quelques salles, se succèdent de sublimes parures, des scalps ou des momies. 
Coiffe couvre-nuque Rikbatsa faite de plumes et de cheveux, Mato Grosso, XXème siècle. Dans d'autres cultures que l'occidentale, on découvre que les parures masculines sont bien plus ornementées et recherchées que les féminines. Cette coiffe était portée à l'occasion de visites officielles et de cérémonies - source : Musée du Quai Branly
Les cheveux arrachés aux ennemis font la gloire de ceux qui les portent. On donne aux cheveux des pouvoirs, grâce à lui, on entretient des relations avec le monde des morts, des ancêtres. Le cheveu donne de la puissance à celui qui le porte, c'est ainsi que la chevelure rentre dans les cérémonies rituelles et l'habillement des guerriers ou des chefs. 
Ornements Shuar (Equateur), plumes de toucan et mèches de cheveux - source : FranceTV
Macabre beauté d'une tête réduite (tsantzas) des Indiens Shuars ou Jivaros. Plongez dans son regard envoûtant... Ces charmantes têtes possèdent de longues chevelures que les préparateurs ne devaient surtout pas abîmer. Pour faire ces tsantzas, il fallait tout d'abord découper la peau, puis coudre les yeux et fermer la bouche à l'aide de pitons de bois ensuite les têtes étaient plongées dans une décoction toute particulière permettant d'en réduire la taille - source : LP
Enfin, au bout de ce périple, vous découvrirez une superbe momie péruvienne qui n'est pas sans rappeler le Rascarcapac des Sept Boules de Cristal d'Hergé.
Photographie de l'exposition - source : Le Parisien
Si on peut regretter par moment un manque d'explications sur certaines pièces et parfois une profusion d'images et d'objets hétéroclites sans que le lien entre eux soit bien clair, je ne regrette pas ma visite. Le numéro hors-série des Beaux-Arts sur l'expo permet d'ailleurs un éclairage sur le fil conducteur entre toutes ces pièces. L'exposition a des points forts indéniables : l'évocation de la symbolique du cheveu dans les autres cultures que l'occidentale et la variété des supports. Impossible de s'ennuyer ! Mais elle a le défaut de ses qualités, une certaine confusion. Enfin, si l'expo n'a pas pour objectif de retracer une histoire de la coiffure à travers les siècles, elle réussit parfaitement à nous donner une vision nouvelle sur cette matière. J'ai aussi apprécié la présentation d’œuvres plus contemporaines sur le sujet alors que je m'attendais plutôt à des vestiges du passé. Bravo donc au Musée pour ce voyage parmi les cultures !
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2 commentaires :

  1. Bonjour,
    je viens de découvrir votre blog. Je n'ai parcouru pour l'instant que qqs pages mais les billets sont très intéressants et bien illustrés. Merci de nous faire partager votre passion.

    Bon week end à vous!

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  2. Ravie de vous compter désormais parmi les lecteurs de ce blog. N'hésitez pas à venir régulièrement y faire tour et merci de vos encouragements !

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