vendredi 19 octobre 2012

Exposition Cheveux Chéris au Musée du Quai Branly

L'exposition est sous-titrée "Frivolités et trophées", c'est donc un voyage entre les différentes symboliques du cheveu que propose le Musée du Quai Branly jusqu'en juillet 2013. Si le sujet peut sembler futile au premier abord, il mène aussi à des sujets graves. Plusieurs fois au cours de l'exposition, je me suis trouvée la gorge nouée. Car par ce thème, le Musée nous amène de l'amusement à l'effroi et cela à travers des supports variés et par le biais de cultures diverses. Je vous en propose ici un résumé.
Ophélie, tableau d'Ernest Hébert de 1876 - source : RMN
Le cheveu serait une frivolité ?
C'est en tous cas la première impression que laisse la salle d'entrée dans l'exposition. Couleurs pastels, portraits de stars... et pourtant la coiffure cache un langage secret que l'on décrypte sur certaines œuvres. Le mythe de la blondeur est abordé, symbole d'érotisme et d'innocence.
Tête de jeune fille blonde aux yeux bleus d'Ingres, la blondeur angélique - source : RMN
On découvre des sculptures et des tableaux où notre regard est attiré par les coiffures alors qu'on ne les aurait peut-être pas si bien observé dans un autre contexte.
L'équipe des Bouffants Belles lors du départ d'une course au Texas en 1964. Ces athlètes pensaient tirer un avantage de leur coiffure (et pas seulement un avantage esthétique) car cela évitait aux mèches de cheveux de leur tomber dans les yeux pendant la course - source : Le Figaro
La coiffure suit les prescriptions sociales, politiques, religieuses. Elle est moyen de séduction, de révolte et symbole de pouvoir ou de liberté. 
Quelques images qui donnent une idée des pièces hétéroclites présentées lors de l'exposition, de Michèle Morgan à Sainte Marie-Madeleine... - source : FranceTVinfo
Finalement le sujet est vaste mais loin d'être frivole. Il touche même à l'Histoire avec un grand H et à des thèmes graves.

Le cheveu c'est la vie mais aussi la mort.
L'exposition évoque ensuite la perte du cheveu. Celle-ci est parfois synonyme d'humiliation mais aussi de souvenir voire d'amour. Le cheveu a ceci de particulier : il est imputrescible et c'est parfois la dernière chose qu'il nous reste des morts ou d'une vie précédente à laquelle on renonce.
La tondue de Chartres, photographie de Robert Capa. Lors de la libération de la France de l'occupant nazi (en 1944), les femmes qui avaient eu des relations sexuelles avec les Allemands ont été humiliées, insultées, tondues et parfois exhibées nues en place publique. Les vidéos visibles dans une pièce sombre de l'exposition sont dures et donnent toute la mesure de la violence que constitue cette peine - source : FranceTVinfo
A gauche, médaillon de la fin du XIXème siècle comportant des cheveux. A droite, ce serait les cheveux d'Emma, une jeune fille ayant renoncé à sa chevelure avant de rentrer dans les ordres - source : Musée du Quai Branly
On peut trouver à la perte des cheveux de multiples significations. En Afrique, cela marque le passage de l'enfance à l'âge adulte. Lorsque l'on rentre en religion, que ce soit pour les moines bouddhistes ou les soeurs cela renvoie à la pureté. On réalise aussi des bijoux de deuil en incrustant des cheveux dans des médaillons, on garde avec soi un peu de l'être aimé mais hélas disparu. 

Le cheveu devient un trophée.
Le Musée propose des pièces de ses collections provenant des cultures amérindiennes, océaniques et africaines entre autres. On bascule alors de l'émerveillement à l'effroi. En l'espace de quelques salles, se succèdent de sublimes parures, des scalps ou des momies. 
Coiffe couvre-nuque Rikbatsa faite de plumes et de cheveux, Mato Grosso, XXème siècle. Dans d'autres cultures que l'occidentale, on découvre que les parures masculines sont bien plus ornementées et recherchées que les féminines. Cette coiffe était portée à l'occasion de visites officielles et de cérémonies - source : Musée du Quai Branly
Les cheveux arrachés aux ennemis font la gloire de ceux qui les portent. On donne aux cheveux des pouvoirs, grâce à lui, on entretient des relations avec le monde des morts, des ancêtres. Le cheveu donne de la puissance à celui qui le porte, c'est ainsi que la chevelure rentre dans les cérémonies rituelles et l'habillement des guerriers ou des chefs. 
Ornements Shuar (Equateur), plumes de toucan et mèches de cheveux - source : FranceTV
Macabre beauté d'une tête réduite (tsantzas) des Indiens Shuars ou Jivaros. Plongez dans son regard envoûtant... Ces charmantes têtes possèdent de longues chevelures que les préparateurs ne devaient surtout pas abîmer. Pour faire ces tsantzas, il fallait tout d'abord découper la peau, puis coudre les yeux et fermer la bouche à l'aide de pitons de bois ensuite les têtes étaient plongées dans une décoction toute particulière permettant d'en réduire la taille - source : LP
Enfin, au bout de ce périple, vous découvrirez une superbe momie péruvienne qui n'est pas sans rappeler le Rascarcapac des Sept Boules de Cristal d'Hergé.
Photographie de l'exposition - source : Le Parisien
Si on peut regretter par moment un manque d'explications sur certaines pièces et parfois une profusion d'images et d'objets hétéroclites sans que le lien entre eux soit bien clair, je ne regrette pas ma visite. Le numéro hors-série des Beaux-Arts sur l'expo permet d'ailleurs un éclairage sur le fil conducteur entre toutes ces pièces. L'exposition a des points forts indéniables : l'évocation de la symbolique du cheveu dans les autres cultures que l'occidentale et la variété des supports. Impossible de s'ennuyer ! Mais elle a le défaut de ses qualités, une certaine confusion. Enfin, si l'expo n'a pas pour objectif de retracer une histoire de la coiffure à travers les siècles, elle réussit parfaitement à nous donner une vision nouvelle sur cette matière. J'ai aussi apprécié la présentation d’œuvres plus contemporaines sur le sujet alors que je m'attendais plutôt à des vestiges du passé. Bravo donc au Musée pour ce voyage parmi les cultures !
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jeudi 18 octobre 2012

Deux petits livres sur la mode : Modes & vêtements [Bailleux, Remaury] 1995 ; How to read fashion/Leggere la moda [Fiona Ffoulkes] 2011

Aujourd'hui j'ai voulu enrichir la bibliographie du blog en proposant deux lectures pour les passionnés de mode et d'histoire du costume. Seul souci, ces deux livres ne sont pas aisément accessibles. Le 1er est épuisé et le 2ème est en anglais et italien. Je sais, j'ai le don de compliquer la tâche. Mais à un problème il y a toujours une solution, ainsi si vous aimez les boutiques de vente d'occasion et que vous comprenez la langue de Shakespeare ou Dante, vous trouverez votre bonheur.
  • Modes & vêtements de Nathalie Bailleux et Bruno Remaury, Editions Gallimard Découvertes, n°239, 1995.
Nathalie Bailleux est historienne, Bruno Remaury a travaillé dans l'industrie de la mode. Ces deux auteurs ont publié cette synthèse sur l'histoire de la mode malheureusement pas rééditée depuis. Leur livre couvre une période très large en gros du Moyen-Age à nos jours mais possède une approche thématique, ce qui fait son originalité. L'industrialisation du secteur, les grandes évolutions de la silhouette, la nécessité de se distinguer intrinsèquement liée au vêtement, tout y est. Les illustrations sont nombreuses. Le livre est épuisé et seulement disponible en occasion mais si par hasard vous le croisez, n'hésitez pas, le prix tourne autour de 10 euros et ça vaut le coup. Pour vous consolez sinon, voici une courte interview des auteurs : http://www.gallimard.fr/catalog/entretiens/01028516.htm

  • How to read fashion/Leggere la moda de Fiona Ffoulkes, éditions Logos (en Italie), 2011.
Petit livre de synthèse très agréable là aussi même s'il est vrai que le vocabulaire de la mode n'est jamais évident à approcher dans une autre langue. Ce livre existe en anglais et en italien mais aussi dans d'autres langues, pas en français hélas. Le livre de Fiona Ffoulkes a une approche thématique. Il évoque les différents styles existants (gothique, classique, exotisme, militaire...), les techniques de confection, les matériaux, les accessoires, la mode formelle ou informelle (comprenez travail, réception ou temps libre) ainsi que les bijoux, le maquillage et la coiffure. Tout cela pour la modique somme de 13 euros, c'est un bon outil pour avoir une vision d'ensemble de ce domaine.
Bonne lecture !
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mardi 16 octobre 2012

Exposition l'impressionnisme et la mode au musée d'Orsay

C'est l'exposition phare de cette fin d'année, avis aux passionnés des arts, l'événement propose un dialogue inédit entre la peinture et la mode des années 1860 jusque 1880. J'y suis allée, j'ai apprécié et j'en ferai ici un compte-rendu qui j'espère vous persuadera d'y faire un tour ou vous permettra d'en déguster quelques extraits si vous ne pouvez pas être sur Paris.
L'affiche de l'exposition reprend le tableau de Manet, la Femme au Perroquet, symbole des cinq sens. Cette peinture est conservée au Métropolitan Museum de New York, elle fait partie des tableaux exceptionnellement prêtés pour cette exposition qui devrait ensuite être présentée à New York et Chicago - source : Paris.fr
Qu'allez-vous voir dans cette exposition ?
Avant tout, dès l'entrée, ce qui frappe c'est la scénographie, la mise en scène de l'exposition. Critiquée par certains, elle semble plutôt appréciée du public, d'après ce que j'ai entendu. Quelques journalistes ont regretté que le côté grand spectacle noie les œuvres présentées. Certes, la décoration en met plein la vue, tapis rouge, sièges de velours, chants d'oiseaux, sons champêtres, pelouse artificielle, tapisserie romantique... on est plongé dans une ambiance comme au cinéma, on en ressort presque étourdis. Derrière cette mise en scène, on trouve Robert Carsen, il a aussi participé à la scénographie de l'expo Bohèmes au Grand Palais. L'homme est un metteur en scène d'opéras à Paris, à la Scala de Milan et à la Royal Opera House. Je comprends que son travail ne fasse pas l'unanimité. Quant à moi, je n'ai pas eu le sentiment de porter moins d'attention aux chefs d'œuvres, au contraire, j'ai trouvé que la magie fonctionnait bien et que le tout formait un bel écrin pour toutes ces merveilles.
Robert Carsen a imaginé les tableaux comme dans un défilé de haute-couture, tapis rouge, miroirs, les sièges adjacents portent les noms de personnalités de l'époque, c'est un petit détail amusant.
La dernière salle est consacrée à la mode en plein-air, on circule entre les toiles comme dans un parc, l'ouïe et la vue sont sollicitées. On peut même se reposer sur de charmants bancs vert bouteille.
Quant au contenu, il est tout aussi fascinant. Le musée d'Orsay présente certaines peintures qui font partie de ses collections permanentes mais aussi des œuvres qu'il est rare de voir en France.
Ce tableau de Renoir représentant Madame Georges Charpentier et ses enfants date de 1878, il fut exposé en France dans les années 70 la dernière fois, il est actuellement conservé au Métropolitan Museum de New York. Hormis la troublante correspondance entre la robe de Marguerite et le chien aussi de noir et de blanc, ce tableau nous rappelle que les vêtements des petits garçons ne se différenciaient pas de ceux des filles avant un certain âge. Ici, seul le bracelet doré de la petite Georgette nous permet de la différencier de son frère.
Et puis, lorsque l'on est passionné par l'histoire du costume, on est bien sûr ravi de voir de vrais vêtements présentés et d'époque s'il vous plaît. Certains proviennent des collections du Musée Galliera (celui-ci est fermé pour travaux depuis 2009, voilà donc un excellent moyen de gérer sa frustration !). L'objectif de l'exposition est de créer un dialogue entre ces œuvres de tissus et de peinture. Certaines pièces l'évoquent avec pertinence. C'est l'historienne de l'art américaine Gloria Groom qui est à l'origine de ce projet visant à démontrer combien la mode est vecteur de modernité dans les tableaux des peintres impressionnistes. Ces derniers s'inspirent des costumes mais n'ont pas comme principe d'en réaliser une copie scrupuleuse. Voir ces tableaux nous permet d'imaginer des corps dans ces vêtements, de concevoir comment on se déplaçait, comment on dansait, comment on vivait avec ces costumes et cela constitue un témoignage de taille.
Albert Bartholomé a réalisé un portrait de sa femme, Prospérie, en 1880. La robe porté par cette dernière était aussi présentée lors de l'exposition. L'effet produit est saisissant. Il est rare de voir le visage de la personne ayant porté le vêtement mais il est d'autant plus étonnant de retrouver ce costume sous la forme d'une peinture. J'ai eu le sentiment que le costume donnait vie au tableau et que celui-ci gagnait en réalité. Prospérie avait modifié sa robe au fil des années mais elle a été restaurée à l'identique de celle présente sur le tableau.
La Promenade de Paul Cezanne en 1871, pour cette peinture, l'artiste a utilisé comme modèles des gravures de mode, elles-mêmes présentées lors de l'exposition, car il n'avait pas les moyens de payer de vraies modèles.
Quelle mode fut peinte par les impressionnistes ?
Au bord de mer, cette femme est peinte par James Tisot par deux fois sur deux tableaux et avec la même robe. Tissot est un peintre français passionné par la représentation des étoffes dans ses œuvres, il les détaille avec soin. Sa mère était modiste et son père marchand de drap, son intérêt pour les costumes vient donc de ses origines. Au cours de l'exposition, des tenues sont présentées, elles ressemblent aux costumes d'époque sans pour autant être tout à fait identiques aux robes des tableaux.
Revues et gravures de mode. On peut aussi voir des catalogues des grands magasins, ces derniers étaient diffusés dans le monde entier car la mode parisienne faisait référence.
Les peintres impressionnistes ont peint des scènes en plein-air, l'occasion de représenter des toilettes élégantes, le blanc domine à travers la mousseline blanche par exemple. La mode masculine aussi est à l'honneur : canne, parapluie, gants, frac... les hommes sont élégants. Le long d'un couloir, on découvre un corset, des bas, une culotte et Nana de Manet nous regarde, un petit sourire en coin. Les peintres se plaisent à saisir les modistes et vendeuses dans leurs boutiques, les cocottes à l'opéra et les classes dirigeantes dans leurs loisirs mondains (au bal par exemple). D'adorables chapeaux et accessoires divers sont exposés.
Les pièces présentées sont variées, chapeaux, chaussures, ombrelles...
La parisienne, épicentre de la mode, porte le noir, une couleur qui perd alors sa symbolique traditionnelle. Certes, la grande absente (hormis quelques exceptions) reste la mode populaire mais les impressionnistes étaient issus de la classe bourgeoise, ils ont portraituré leurs amis, leurs fréquentations. Ce silence se justifie donc.
Le petit plus : le catalogue. 
Catalogue disponible
Assez onéreux tout de même (45€), c'est un bel ouvrage. Le papier est de qualité et le grand format est idéal pour mettre en valeur les photos des costumes comme les reproductions de peinture. La 1ère partie est consacrée à la présence de la mode dans la peinture et son rôle dans les œuvres impressionnistes. Un zoom sur un tableau est proposé pour chaque chapitre (Rue de Paris : temps de pluie de Caillebotte ou encore Femme à la robe verte de Monet...). Les parties suivantes évoquent les espaces  de la modernité (jardins publics, bals...) les réseaux mondains (ceux qui diffusent la mode), la mode masculine et la photographie sont aussi des sujets traités avec soin. Des reproductions de gravures de mode et de revues viennent agrémenter les pages centrales. C'est un must-have pour qui s'intéresse à l'histoire du costume. Une version light du catalogue est aussi disponible pour moins de 10 euros, plus synthétique, il reste d'une grande qualité esthétique.
 
Les images présentées dans cet article (hormis l'affiche) proviennent de deux sources : le site du musée d'Orsay sur l'exposition et un article de france tv-info qui permet de voir la scénographie, les photographies n'étant pas autorisées lors de la visite.
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samedi 6 octobre 2012

L'histoire de la ballerine Repetto

Comme j'adore mêler la danse et la mode, je me suis donnée aujourd'hui comme objectif de raconter l'histoire de cette ballerine à cheval entre deux univers que j'apprécie. Ah comme je rêverais d'avoir les moyens de m'offrir les ballerines cendrillon rouge ! Pour rêvasser encore et se cultiver par la même occasion, voici un article qui je l'espère vous intéressera et vous en apprendra un peu plus sur les origines de cette légendaire paire de ballerines françaises.
Repetto, une marque mythique qui a marqué la danse comme la mode et le cinéma au XXème siècle - source

Ballerine Cendrillon rouge flamme en veau verni, 175 euros, à admirer sur le site officiel : http://www.repetto.fr
Tout commence en 1947.
Rose Repetto est née en 1907 à Milan, elle créé en cette année 1947 des chaussons de danse pour son fils, Roland, jeune danseur. Celui-ci revenait souvent avec les pieds meurtris de ses répétitions. Sa mère se charge donc de concevoir des ballerines plus confortables. La technique qu'elle utilise est inventive, c'est le cousu retourné : il s'agit de coudre la semelle du chausson à l'envers pour ensuite la retourner. Rose Repetto ouvre par la suite un atelier non loin de l'Opéra Garnier où son fils, Roland Petit deviendra, l'un des plus grands danseurs classique français du XXème siècle. Nombre de ses collègues participeront à la renommée de la marque dans le monde de la danse en s'approvisionnant chez Madame Repetto pour leurs chaussons de danse : ce sera le cas de Noureev ou Carolyn Carlson.
La boutique Repetto en 1947, petit atelier non loin de l'Opéra et de nos jours, Rue de la Paix à Paris, Rose Repetto s'y est installée en 1959, source 1 ; source 2
Rose Repetto voulait le bien-être de son fils, elle créa une marque de référence dans le monde de la danse et de la mode. Ses ballerines sont aujourd'hui tout aussi adaptées à la vie quotidienne - source : Les falbalas de Melle Rose
Son fils, Roland Petit, est une légende la danse classique. Né en 1924, il est mort en 2011. Il est entré à l'âge de 10 ans à l'école de l'Opéra de Paris. Il chorégraphie en 1946 Le jeune homme et la mort, qui est selon moi une pièce formidable. En 1948, il fonde les Ballets de Paris avec sa femme comme étoile : Zizi Jeanmaire.  En 1965, il revient à l'Opéra pour chorégraphier Notre-Dame de Paris. Il a ensuite travaillé avec les plus grands danseurs de son temps : Margot Fonteyn, Baryshnikov...- Sur la photo, Roland Petit en 1947 dans sa loge du théâtre des Champs-Elysées - source
Les plus grands danseurs ont porté les ballerines Repetto, ici, Zizi Jeanmaire et Rudolf Noureev dans une publicité de la marque des années 60 - source
En 1956, le mythe est né.
Alors qu'elle s'apprête à tourner dans le film Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, Brigitte Bardot demande à Rose Repetto de lui confectionner une ballerine de ville confortable tant pour se balader que pour danser. Le mythe est né. Le célèbre chausson de danse quitte un instant l'univers du ballet pour entrer dans le monde de la ville, du quotidien, c'est un succès fou pour la marque.
Brigitte Bardot porte les ballerines Cendrillon que lui a dédié Rose Repetto - source
Des ballerines de stars.
Dans les années 70, Serge Gainsbourg se prend de passion pour les ballerines Zizi de la marque Repetto. Ces ballerines blanches sont un hommage à la belle-fille de Rose Repetto, Zizi Jeanmaire, épouse de Roland Petit. Les ballerines Zizi sont également portées par Mick Jagger des Rolling Stones. Mais après cette période fastueuse, la marque s’essouffle quelque peu.
Les ballerines Repetto deviennent tout aussi masculines grâce à Gainsbourg, véritable ambassadeur de la marque dans les années 70 - source
Mick Jagger succombe lui aussi au charme de la ballerine à lacets, la Zizi - source
Collaborations avec les grands noms de la haute-couture.
Après le décès de Rose Repetto en 1984, la marque prend un coup de vieux tant dans le domaine de la mode que de la danse à cause d'un manque de renouvellement. Lorsque Jean-Marc Gaucher reprend la direction de l'entreprise en 1999, il mise sur la haute-couture et sur des collaborations fructueuses pour redonner du pep's à la ballerine. 
En 2000, le styliste japonais Issey Miyake a créé un nouveau style pour la marque - source 1 ; source 2
En 2002, c'est au tour d'un autre styliste japonais, Yohji Yamamoto, de concevoir un nouveau modèle - source 1 ; source 2
En 2004, c'est la marque japonaise Comme Des Garçons de Rei Kawakubo qui réinvente la célèbre ballerine - source 1 ; source 2
Pour son défilé Printemps-Ete 2009, Karl Lagerfeld travaille avec la marque Repetto. Ces chaussures semblent loin de la ballerine originelle mais le styliste les agrémente d'un tutu de cheville qui rappelle évidemment les liens entre la marque de chaussures et la danse - source
Où sont fabriquées les chaussures Repetto ?
Aujourd'hui, à l'heure de la crise et de la recherche d'une production franco-française, la marque fait figure de modèle mais aussi d'exception. En effet, Repetto se porte bien, la marque s'est redonnée un second souffle. C'est en 1967 que Rose Repetto implante la production de chaussures dans la ville de St Médard-d'Excideuil, en Dordogne. Après une période de crise où l'entreprise a frôlé le redressement judiciaire, l'usine de Dordogne a vu croître sa superficie de plusieurs milliers de m² supplémentaires en 2011. Désormais, les chiffres parlent seuls de cette success story. Près de 30 boutiques se sont ouvertes en Asie cette année-là. Si les produits textiles et les chaussures à talons rigides sont fabriqués à l'étranger, les ballerines et les pointes sont, elles, produites en Dordogne. Pour les danseuses de l'Opéra de Paris, du Royal Ballet de Londres et du Bolchoï de Moscou, la marque fait du sur-mesure. Et même si les prix ne sont pas toujours très accessibles, la ballerine de ville est un classique depuis de nombreuses années désormais. A la fois classe et confortable, elle se porte au quotidien. Repetto profite de cette mode et fait désormais d'importants bénéfices. Voilà une marque française qui se porte bien.
L'usine Repetto à Saint-Médard d'Excideuil en Dordogne - source 1 ; source 2
Repetto et la formation à la danse comme à la couture.
En 2007, alors qu'elle fête ses 60 ans, la marque créé une fondation Danse Pour la Vie, afin de soutenir dans le monde des écoles de danse favorisant la réintégration des enfants en détresse par l'expression artistique.  En 2012, elle ouvre une école de formation à Coulaures en Dordogne afin de former les salariés de la maison Repetto et faire ainsi face à la croissance de son activité et à la nécessité d'embaucher du personnel.
Repetto, une marque qui est parvenue à se renouveler et à suivre les nouvelles tendances pour se donner un second souffle, un bel exemple de réussite. Publicité 2012 avec la danseuse-étoile Dorothée Gilbert, petit hommage à Loïe Fuller ? - source
La ballerine à travers l'histoire.
Petit retour aux sources pour terminer. Savez-vous d'où viennent ces fameux chaussons de danse, aujourd'hui nommés ballerines?
C'est dans les années 1780 que le soulier des danseuses connaît une profonde modification et que l'on commence à voir apparaître les prémices des chaussons de danse. Dès 1785, la danseuse Marie-Madeleine Guimard danse avec des escarpins inspirés des cothurnes à l'antique. Ces chaussures deviennent ensuite de plus en plus fuselées.
La danseuse française Marie-Madeleine Guimard dans le Premier Navigateur, ballet de l'Opéra de Paris de la fin du XVIIIème siècle (source : Gallica) et une illustration des cothurnes dans la mode gréco-romaine par un dessin d'Ingres (source : La Joconde).
Alors qu'au début du XIXème siècle, la mode est au style empire, on accorde ces robes légères à des souliers évoquant tout à fait les ballerines d'aujourd'hui. Cette mode ne date donc pas d'hier. L'escarpin serre le pied et se prolonge par des lacets à la grecque autour de la cheville.
Portrait de Laure Bro par Géricault en 1818, la jeune femme porte des escarpins bleu clair, des souliers à la grecque alors que la mode Empire s'inspire fortement de la mode antique - source : Wikipaintings
Au musée de l'Opéra de Paris, les chaussons de danse d'Emma Livry, datant de 1860, sont toujours conservés. Leur ressemblance avec les ballerines de satin d'aujourd'hui est frappante.
Emma Livry dans La Sylphide en 1862, cette danseuse connut un destin tragique, son tutu s'étant un jour enflammé, elle succomba de ses blessures - source : Wikipédia Commons.
Ainsi la mode de la ville a influencé la danse mais l'influence s'est aussi faite dans l'autre sens. Les jeunes filles qui se préparent aux bals avec leur maître à danser porte souvent ces chaussons lors de l'entraînement préparatoire (on le voit d'ailleurs dans une scène du film de Jane Campion, Bright Star)
La Valse, caricature parue dans le journal Le Bon Genre en 1801, on remarque que les femmes portent des chaussons de danse souples et étroits - source

Cette illustration du journal de mode Le Petit Courrier des Dames datant de 1829 montre que la mode de l'escarpin à lacets à la grecque, parent de la ballerine de danse, est toujours en vogue dans la bonne société de l'époque et s'associe à merveille avec une robe de Palmyrienne - source
Vers la moitié du XIXème siècle alors que la technique des pointes se met en place, les ballerines se renforcent à l'embout. Elles deviennent ensuite un incontournable outil de la danse.
L'histoire de Repetto nous permet de conclure une fois de plus que les liens entre danse et mode sont ténus et l'ont été à plusieurs reprises depuis ces trois derniers siècles.
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