dimanche 9 septembre 2012

Les costumes de Bright Star de Jane Campion, 2009

Une belle découverte cette semaine, ce film est bouleversant. Certes, il est plutôt contemplatif et son rythme lent mais je me suis laissée prendre au jeu sans ennui. Les scènes sont d'une beauté à couper le souffle. Sans parler des costumes. Et bien si parlons-en. Car dans ce drame, ils ont une place toute trouvée, en effet, l'héroïne confectionnant elle-même ses tenues, le film offre un point de vue intéressant sur la mode.
Une affiche à l'image du film, d'une esthétique époustouflante. Abbie Cornish et Ben Wishaw, les acteurs principaux offrent une performance de grande qualité - source
Le film.
En 1818, en Angleterre, un poète sans le sou, John Keats, fait connaissance avec sa voisine, Fanny Brawne. Bien que venant d'un univers et d'un milieu social éloignés, les deux jeunes gens sympathisent, une passion amoureuse naît peu à peu entre eux. Fanny est une jeune fille dont l'apparence et les intérêts semblent superficiels au premier abord. Mais elle se rapproche malgré tout de Keats, surtout lorsque le frère de celui-ci décède. A ce moment, elle dévoile une autre part de sa personnalité, se révélant avoir plus de fond que ne le pensait le poète. Ainsi, elle s'intéresse à sa poésie et bien que les obstacles paraissent difficiles à surmonter, les deux jeunes gens entretiennent très vite une relation. Bientôt, la maladie de Keats vient tout remettre en cause. Le film est basé sur une histoire vraie, les personnages ont véritablement existé et sont rentrés dans la légende littéraire de ce début de siècle romantique. Un petit coup d’œil sur la bande-annonce :

La costumière : Janet Patterson.
Lors d'une cérémonie en 2010 - source
Janet Patterson a travaillé sur d'autres projets de la réalisatrice Jane Campion, comme dans le superbe film de 1993, La Leçon de Piano. Les deux femmes collaborent régulièrement. Mais la costumière est aussi connue pour avoir participé à Peter Pan ou Portrait of A Lady. Pour la promotion de Bright Star, elle a donné une interview que j'ai retrouvé sur internet. C'est toujours intéressant de connaître le point de vue du costume designer (comme disent les Américains) et sa démarche artistique. Ainsi,  elle a cherché à être créative sur les costumes de Fanny. En effet, cette dernière créé elle-même sa garde-robe, Janet l'a donc voulu toute en fantaisie et comme une façon pour la jeune fille de s'exprimer dans un  monde plein de carcans. Dans certaines scènes, elle joue sur la complémentarité entre Fanny et John.
Dans celle-ci par exemple, Janet raconte qu'elle imaginait le couple comme deux presse-livres, complémentaires mais différents. Elle explique s'être inspirée des thèmes de la St Valentin pour réaliser le costume de Fanny - source
Dans la scène de l'orage, la costumière a vêtu l'actrice d'une robe de lin afin qu'elle soit encore plus vulnérable à la pluie et qu'elle se détériore tout comme le cœur de l'héroïne dans cette scène poignante.

Le style.
Nous sommes entre 1817 et 1821 lorsque se déroule cette histoire. Cela peut avoir deux correspondances. En France, nous sommes à cheval entre la période Empire et la période du romantisme. Mais l'histoire ici se situe en Angleterre, là-bas, les vêtements sont dits de style "Régence". Entre 1811 et 1820, le roi Georges III est atteint de folie, c'est donc son fils, le futur Georges IV, qui assure la réalité du pouvoir, autrement dit la régence.
Quelles sont les principales caractéristiques de cette période Regency en matière de mode ?
Extrait d'un almanach autrichien de 1816, remarquez la ressemblance avec la photographie précédente - WCommons
Rapidement, on peut lister quelques détails emblématiques. Les hommes ne portent plus la culotte, le pantalon est adopté. La redingote, ou plutôt le frac est de mise. Le port du haut-de-forme est en vogue en extérieur. Quant aux femmes, la taille est haute, sous la poitrine, on l'appelle la "taille empire". Les manches ballons apparaissent surtout en intérieur lors des bals par exemple ou lorsqu'il fait chaud. Enfin, le chapeau, bien décoré tout de même, est aussi un indispensable du moment. Vous remarquerez que les chaussures sont plates, elles ont des lacets qui les font ressembler à des chaussons de danse, surtout pour les femmes. Puis, on peut aussi souligner l'absence de corset, de panier ou tout autre objet destiné à recadrer la silhouette féminine. Les femmes peuvent respirer mais pas pour très longtemps. En effet, le corset revient par intermittence dès cette période, notamment sous la forme d'une brassière.

Les costumes de Fanny Brawne.
Fanny porte ici un sublime spencer rayé - source
Le spencer est une mode typiquement anglaise, il s'agit d'une petite veste courte, avec ou sans revers, qui ne dépasse pas la taille, toujours placée sous les bras, à manches longues et couvrant presque les mains. Le spencer est souvent de couleur foncé, ce qui tranche avec la blancheur de la robe. Il apparaît à la fin du XVIIIème siècle et restera en vogue jusqu'en 1820 environ. Il permet de tenir chaud alors que les robes légères et décolletées de l'époque ne couvrent pas assez, surtout dans des climats plutôt froids comme en Angleterre.
Ici aussi, Fanny porte un spencer rouge flamboyant ainsi qu'une collerette, c'est sa première tenue dans le film - source
La collerette est à la mode, elle rappelle les fraises du XVIème siècle. Sans doute que celle de Fanny paraît un peu excentrique et originale tout de même.
Ces deux éléments se retrouvent dans ces illustrations, spencer et collerette. C'est tout le talent de Patterson, d'avoir su respecter une vérité historique tout en apportant la fantaisie nécessaire au personnage de Fanny - source 1 ; source 2
On retrouve la collerette et l'originalité de Fanny dans sa robe de bal qu'elle a confectionnée elle-même. 
Fanny porte une robe empire dans les tons clairs caractéristiques, une collerette et des manches ballons, un décolleté large mais qui ne découvre pas les épaules. La coiffure semble très moderne, notamment la queue et la présence du papillon. La robe paraît de satin. - source
Les coiffures de Fanny sont en revanche très simples tout au long du film. Les cheveux tirés en arrière sont ramassés dans un chignon. Les autres femmes présentes dans l'histoire montrent une autre coiffure caractéristique du style Regency.
Cette peinture de Jacques-Louis David représente la comtesse Vilain et sa fille Louise en 1816 - source : WCommons
Elles sont en effet nombreuses à porter cette coiffure. Les cheveux sont relevés par un peigne et forment au sommet du crâne un chignon de boucles. Les bouclettes garnissent aussi les tempes.

Fanny porte aussi une garde-robe très simple qui reflète bien le goût de l'époque pour les robes de type fourreau ou chemise. Pourtant, les robes commencent à se complexifier de nouveau ces années-là. Elles quittent leur simplicité pour devenir plus chargées d'ornements. De même, les tissus modestes sont mis de côté dans les classes aisées, on revient à la soie par exemple. Les jupes raccourcissent. La brassière puis le corset s'imposent. Le style romantique montre le bout de son nez.
A gauche, nous retrouvons la collerette, la robe semble coupée dans un seul et même tissu. Les manches ne sont pas très visibles mais elles semblent être des manches mamelouks comme on en voyait de plus en plus, on remarque alors des bouillonnés sur celle-ci. La robe de droite vient du musée national d'Australie, elle se distingue aussi par sa simplicité - source 1 ; source 2
Fanny coud dans sa chambre. Sa tenue est très-voire trop- moderne pour respecter une réalité historique. Mais la beauté de cette photographie scelle toutes les critiques - source
Dans Bright Star, Janet Patterson nous en met plein la vue concernant les chapeaux. Petit florilège :
La forme des chapeaux est caractéristique, la calotte est profonde et entoure le chignon, le chapeau est décoré par des rubans. Si trois d'entre eux ont une allure champêtre, on devine que celui en haut à droite est associé à une tenue de deuil - source 1 et 2 ; source 3 ; source 4
La traversée du Pont des Arts en 1816 - source : Paris Pittoresque
Les costumes masculins.
Costume de John Keats à partir du croquis de Janet Patterson - source
Comme le montre cette photographie, le haut-de-forme est le couvre-chef courant. La redingote, appelée aussi frac ou habit dégagé, est en vogue, elle est souvent de couleur sombre. Les deux revers vont jusqu'à la taille puis l'habit se prolonge dans le dos. Le pantalon fait un peu trop moderne je trouve. A l'époque, il est soit très serré pour faire penser à la culotte soit très large. Les cheveux des hommes sont courts, bouclés, à la Titus, cela donne un côté décoiffé assez naturel.
Charles Brown a un style assez étonnant, il porte lui aussi cette redingote et le justaucorps est similaire au pantalon dans un tissu de type tartan. Le port de la barbe est étrange, peu d'hommes la porte à l'époque, la mode étant plutôt aux favoris sur les tempes - source
Au vue de cette illustration de 1820, il semblerait que Janet Patterson ait pris plus de libertés dans la reconstitution des costumes masculins - source : Paris Pittoresque
Les costumes des enfants.
Samuel, le petit frère de Fanny, dont le costume est fort semblable à celui des adultes - source
Toots, la petite sœur, porte aussi une robe à la taille haute, et un joli chapeau genre capote avec ruban autour de la calotte - source
La robe de la petite fille est toute simple - source
Une illustration de 1810 montre que les tenues des petites filles sont très simples, un pantalon de lingerie apparaît au niveau des chevilles laissées visibles par la robe plus courte que chez les dames. Ce pantalon de lingerie est orné de volants et de dentelles.
Portrait de Napoleona Elisa Baciocchi par Benoist - source : WCommons
Il est assez rare de constater dans l'histoire du costume que les vêtements des enfants conviennent à leur mode de vie, mais c'est le cas à cette époque. Les robes des petites filles sont semblables à celles des femmes adultes. Les garçons avec leurs pantalons sont habillés comme des matelots, c'est en tous cas ainsi que l'on appelle ce costume. Celui-ci apparaît déjà à la fin du XVIIIème siècle. Mais les petits garçons peuvent aussi porter le haut-de-forme, c'est le cas de Samuel dans le film.
 Cet article est loin d'être exhaustif, n'hésitez pas à découvrir ce film et son esthétique à couper le souffle. J'espère que ce post vous en aura donné envie.
Rendez-vous sur Hellocoton !

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire