dimanche 9 septembre 2012

Les costumes de Bright Star de Jane Campion, 2009

Une belle découverte cette semaine, ce film est bouleversant. Certes, il est plutôt contemplatif et son rythme lent mais je me suis laissée prendre au jeu sans ennui. Les scènes sont d'une beauté à couper le souffle. Sans parler des costumes. Et bien si parlons-en. Car dans ce drame, ils ont une place toute trouvée, en effet, l'héroïne confectionnant elle-même ses tenues, le film offre un point de vue intéressant sur la mode.
Une affiche à l'image du film, d'une esthétique époustouflante. Abbie Cornish et Ben Wishaw, les acteurs principaux offrent une performance de grande qualité - source
Le film.
En 1818, en Angleterre, un poète sans le sou, John Keats, fait connaissance avec sa voisine, Fanny Brawne. Bien que venant d'un univers et d'un milieu social éloignés, les deux jeunes gens sympathisent, une passion amoureuse naît peu à peu entre eux. Fanny est une jeune fille dont l'apparence et les intérêts semblent superficiels au premier abord. Mais elle se rapproche malgré tout de Keats, surtout lorsque le frère de celui-ci décède. A ce moment, elle dévoile une autre part de sa personnalité, se révélant avoir plus de fond que ne le pensait le poète. Ainsi, elle s'intéresse à sa poésie et bien que les obstacles paraissent difficiles à surmonter, les deux jeunes gens entretiennent très vite une relation. Bientôt, la maladie de Keats vient tout remettre en cause. Le film est basé sur une histoire vraie, les personnages ont véritablement existé et sont rentrés dans la légende littéraire de ce début de siècle romantique. Un petit coup d’œil sur la bande-annonce :

La costumière : Janet Patterson.
Lors d'une cérémonie en 2010 - source
Janet Patterson a travaillé sur d'autres projets de la réalisatrice Jane Campion, comme dans le superbe film de 1993, La Leçon de Piano. Les deux femmes collaborent régulièrement. Mais la costumière est aussi connue pour avoir participé à Peter Pan ou Portrait of A Lady. Pour la promotion de Bright Star, elle a donné une interview que j'ai retrouvé sur internet. C'est toujours intéressant de connaître le point de vue du costume designer (comme disent les Américains) et sa démarche artistique. Ainsi,  elle a cherché à être créative sur les costumes de Fanny. En effet, cette dernière créé elle-même sa garde-robe, Janet l'a donc voulu toute en fantaisie et comme une façon pour la jeune fille de s'exprimer dans un  monde plein de carcans. Dans certaines scènes, elle joue sur la complémentarité entre Fanny et John.
Dans celle-ci par exemple, Janet raconte qu'elle imaginait le couple comme deux presse-livres, complémentaires mais différents. Elle explique s'être inspirée des thèmes de la St Valentin pour réaliser le costume de Fanny - source
Dans la scène de l'orage, la costumière a vêtu l'actrice d'une robe de lin afin qu'elle soit encore plus vulnérable à la pluie et qu'elle se détériore tout comme le cœur de l'héroïne dans cette scène poignante.

Le style.
Nous sommes entre 1817 et 1821 lorsque se déroule cette histoire. Cela peut avoir deux correspondances. En France, nous sommes à cheval entre la période Empire et la période du romantisme. Mais l'histoire ici se situe en Angleterre, là-bas, les vêtements sont dits de style "Régence". Entre 1811 et 1820, le roi Georges III est atteint de folie, c'est donc son fils, le futur Georges IV, qui assure la réalité du pouvoir, autrement dit la régence.
Quelles sont les principales caractéristiques de cette période Regency en matière de mode ?
Extrait d'un almanach autrichien de 1816, remarquez la ressemblance avec la photographie précédente - WCommons
Rapidement, on peut lister quelques détails emblématiques. Les hommes ne portent plus la culotte, le pantalon est adopté. La redingote, ou plutôt le frac est de mise. Le port du haut-de-forme est en vogue en extérieur. Quant aux femmes, la taille est haute, sous la poitrine, on l'appelle la "taille empire". Les manches ballons apparaissent surtout en intérieur lors des bals par exemple ou lorsqu'il fait chaud. Enfin, le chapeau, bien décoré tout de même, est aussi un indispensable du moment. Vous remarquerez que les chaussures sont plates, elles ont des lacets qui les font ressembler à des chaussons de danse, surtout pour les femmes. Puis, on peut aussi souligner l'absence de corset, de panier ou tout autre objet destiné à recadrer la silhouette féminine. Les femmes peuvent respirer mais pas pour très longtemps. En effet, le corset revient par intermittence dès cette période, notamment sous la forme d'une brassière.

Les costumes de Fanny Brawne.
Fanny porte ici un sublime spencer rayé - source
Le spencer est une mode typiquement anglaise, il s'agit d'une petite veste courte, avec ou sans revers, qui ne dépasse pas la taille, toujours placée sous les bras, à manches longues et couvrant presque les mains. Le spencer est souvent de couleur foncé, ce qui tranche avec la blancheur de la robe. Il apparaît à la fin du XVIIIème siècle et restera en vogue jusqu'en 1820 environ. Il permet de tenir chaud alors que les robes légères et décolletées de l'époque ne couvrent pas assez, surtout dans des climats plutôt froids comme en Angleterre.
Ici aussi, Fanny porte un spencer rouge flamboyant ainsi qu'une collerette, c'est sa première tenue dans le film - source
La collerette est à la mode, elle rappelle les fraises du XVIème siècle. Sans doute que celle de Fanny paraît un peu excentrique et originale tout de même.
Ces deux éléments se retrouvent dans ces illustrations, spencer et collerette. C'est tout le talent de Patterson, d'avoir su respecter une vérité historique tout en apportant la fantaisie nécessaire au personnage de Fanny - source 1 ; source 2
On retrouve la collerette et l'originalité de Fanny dans sa robe de bal qu'elle a confectionnée elle-même. 
Fanny porte une robe empire dans les tons clairs caractéristiques, une collerette et des manches ballons, un décolleté large mais qui ne découvre pas les épaules. La coiffure semble très moderne, notamment la queue et la présence du papillon. La robe paraît de satin. - source
Les coiffures de Fanny sont en revanche très simples tout au long du film. Les cheveux tirés en arrière sont ramassés dans un chignon. Les autres femmes présentes dans l'histoire montrent une autre coiffure caractéristique du style Regency.
Cette peinture de Jacques-Louis David représente la comtesse Vilain et sa fille Louise en 1816 - source : WCommons
Elles sont en effet nombreuses à porter cette coiffure. Les cheveux sont relevés par un peigne et forment au sommet du crâne un chignon de boucles. Les bouclettes garnissent aussi les tempes.

Fanny porte aussi une garde-robe très simple qui reflète bien le goût de l'époque pour les robes de type fourreau ou chemise. Pourtant, les robes commencent à se complexifier de nouveau ces années-là. Elles quittent leur simplicité pour devenir plus chargées d'ornements. De même, les tissus modestes sont mis de côté dans les classes aisées, on revient à la soie par exemple. Les jupes raccourcissent. La brassière puis le corset s'imposent. Le style romantique montre le bout de son nez.
A gauche, nous retrouvons la collerette, la robe semble coupée dans un seul et même tissu. Les manches ne sont pas très visibles mais elles semblent être des manches mamelouks comme on en voyait de plus en plus, on remarque alors des bouillonnés sur celle-ci. La robe de droite vient du musée national d'Australie, elle se distingue aussi par sa simplicité - source 1 ; source 2
Fanny coud dans sa chambre. Sa tenue est très-voire trop- moderne pour respecter une réalité historique. Mais la beauté de cette photographie scelle toutes les critiques - source
Dans Bright Star, Janet Patterson nous en met plein la vue concernant les chapeaux. Petit florilège :
La forme des chapeaux est caractéristique, la calotte est profonde et entoure le chignon, le chapeau est décoré par des rubans. Si trois d'entre eux ont une allure champêtre, on devine que celui en haut à droite est associé à une tenue de deuil - source 1 et 2 ; source 3 ; source 4
La traversée du Pont des Arts en 1816 - source : Paris Pittoresque
Les costumes masculins.
Costume de John Keats à partir du croquis de Janet Patterson - source
Comme le montre cette photographie, le haut-de-forme est le couvre-chef courant. La redingote, appelée aussi frac ou habit dégagé, est en vogue, elle est souvent de couleur sombre. Les deux revers vont jusqu'à la taille puis l'habit se prolonge dans le dos. Le pantalon fait un peu trop moderne je trouve. A l'époque, il est soit très serré pour faire penser à la culotte soit très large. Les cheveux des hommes sont courts, bouclés, à la Titus, cela donne un côté décoiffé assez naturel.
Charles Brown a un style assez étonnant, il porte lui aussi cette redingote et le justaucorps est similaire au pantalon dans un tissu de type tartan. Le port de la barbe est étrange, peu d'hommes la porte à l'époque, la mode étant plutôt aux favoris sur les tempes - source
Au vue de cette illustration de 1820, il semblerait que Janet Patterson ait pris plus de libertés dans la reconstitution des costumes masculins - source : Paris Pittoresque
Les costumes des enfants.
Samuel, le petit frère de Fanny, dont le costume est fort semblable à celui des adultes - source
Toots, la petite sœur, porte aussi une robe à la taille haute, et un joli chapeau genre capote avec ruban autour de la calotte - source
La robe de la petite fille est toute simple - source
Une illustration de 1810 montre que les tenues des petites filles sont très simples, un pantalon de lingerie apparaît au niveau des chevilles laissées visibles par la robe plus courte que chez les dames. Ce pantalon de lingerie est orné de volants et de dentelles.
Portrait de Napoleona Elisa Baciocchi par Benoist - source : WCommons
Il est assez rare de constater dans l'histoire du costume que les vêtements des enfants conviennent à leur mode de vie, mais c'est le cas à cette époque. Les robes des petites filles sont semblables à celles des femmes adultes. Les garçons avec leurs pantalons sont habillés comme des matelots, c'est en tous cas ainsi que l'on appelle ce costume. Celui-ci apparaît déjà à la fin du XVIIIème siècle. Mais les petits garçons peuvent aussi porter le haut-de-forme, c'est le cas de Samuel dans le film.
 Cet article est loin d'être exhaustif, n'hésitez pas à découvrir ce film et son esthétique à couper le souffle. J'espère que ce post vous en aura donné envie.
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mercredi 5 septembre 2012

David Bowie, génie du look

Récemment on a vu ça :
Couverture du Vogue Paris fin 2011 - source
Puis, ces quelques looks au détour d'un magazine, d'une page web :
Comme sur le site MadmoiZelle avec les photos de Daphne Guiness.
Puis j'ai vu ça :
La prochaine exposition du Victoria&Albert Museum de Londres !!! 

Le style de David Bowie est une référence et presque un monument historique ! On lui rend hommage de toutes parts, on s'en inspire, on essaye de goûter un peu de son génie vestimentaire et de sa fantaisie capillaire. C'est l'occasion d'évoquer les liens entre cette star de la musique et la mode. Parce que David Bowie is !
Photo-collage tiré du film The Man Who Fell to Earth, l'Homme qui venait d'ailleurs, en 1976, ma première rencontre avec Bowie bizarrement, je ne connaissais pas ses chansons avant de voir ce film : eh bien quel choc ! - source : V&A
Petits rappels biographiques. 
David Bowie est né en 1947 à Londres. Sa carrière décolle en 1969 avec la sortie de son titre Space Oddity. Il devient vraiment célèbre en 1972 en créant le personnage de Ziggy Stardust, ce qui lance aussi le mouvement glam-rock que l'on considère souvent comme précurseur du mouvement punk. Le glam-rock est un style de rock très mélodique et dansant, au niveau visuel, il se caractérise par des tenues à paillettes aux couleurs flashy. En 1974, Bowie abandonne ce personnage de Ziggy après une période où le succès l'a notamment conduit à certains excès (cocaïne). A la fin des années 70, Bowie se tourne vers un style plus soul/funk inspiré par les musiques noires américaines. Vers 1979, David Bowie est très inspiré par l'effervescence artistique de Berlin puis dans les années 80  le chanteur touche un public plus large grâce à son tube Let's Dance. La période suivante est principalement un retour à un rock plus épuré. Aujourd'hui, Bowie se fait très discret.


Odyssée dans l'univers Bowie...

La première provoc' :
Pochette de son troisième album The Man Who Sold The World en 1971. On a du mal à penser que cette photo a pu choquer et pourtant, cet homme imberbe, vêtu d'une robe au décolleté plongeant en a ahuri plus d'un à l'époque.  Cet album inaugure la période glam-rock. Bowie commence à jouer sur son ambiguïté sexuelle et son androgynie, sa marque de fabrique. Peu de temps après, il clame haut et fort sa bisexualité - source : inside-rock
La période Ziggy Stardust :
Ce personnage imaginaire est créé par Bowie en 1972 alors qu'il commence à travailler avec les Spiders from Mars. Leur album fait un tabac. Une légende est née ! Sur l'album suivant Aladdin Sane, le chanteur continue de tenir ce rôle jusqu'à ce que son double fétiche fasse ses adieux à la scène en 1973.
Pochette de l'album Aladdin Sane en 1973, ce look fait de Bowie un véritable personnage médiatique. On remarque la coupe en mulet avec les cheveux longs sur la nuque - source : V&A
Costume de scène pour l'Aladdin Sane Tour créé par Kansai Yamamoto en 1973 - source : V&A
Florilège : androgynie (le chanteur apprécie de se maquiller) et flashy de rigueur ! C'est la dernière tenue, celle dite "du cosmonaute" qui est la plus célèbre et la plus belle. Elle est inspirée d'une combinaison spatiale. Bowie s'est toujours montré intéressé par la science-fiction. Ce costume est fait de lourds tissus métalliques rayés, l'ensemble est brillant, moulant, coloré et ouvert sur la poitrine, il  y ajoute les plateform boots d'au moins 8 cm- source 1 ; source 2 ; source 3
Après Ziggy vient le style Halloween Jack, personnage de son album Diamond Dogs en 1974. Bowie garde ses cheveux teints en rouge, il ajoute le cache-oeil et la clope. Avant cette période, l'artiste jouait beaucoup de ses yeux vairons sur les photos, il fera de nouveau par la suite - source
La fin des années 70 marque le retour de la sobriété pour le chanteur, c'est la période de l'album Young Americans et de son séjour à Berlin.
Bowie en 1974, un look simple, dandy mais tellement hype ;) - source : le monde
Bowie adopte un look rétro chic au milieu des années 70 inspiré par la mode des années 30 - source
Bowie se coupe les cheveux et les teint en blond platine - source
Dans les années 80, David Bowie a la banane !
Entre 1981, 85 et 87, on remarque une certaine continuité - source
Manteau Union Jack d'Alexander McQueen pour la pochette de l'album Earthling en 1997 - source : V&A
Et puis après, on n'y comprend plus grand chose...
Entre 2000 et 2005, on en voit des vertes et des pas mûres, ah Bowie et ses cheveux ! - source
Aujourd'hui, le look glam-rock est en pleine renaissance. Les stylistes actuels n'ont pas fini de trouver dans cet artiste extravagant une superbe source d'inspiration.
Défilé Jean-Paul Gaultier printemps-été 2011 - source
On finit en musique avec l'étonnant clip de Ashes To Ashes de 1980.

Alors, prêts pour la coupe mulet cet hiver ?
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mardi 4 septembre 2012

Les costumes de The Duchess de Saul Dibb, 2008

Ce film récent relate une histoire vraie, celle d'une femme ayant marqué la société anglaise de la fin du XVIIIème siècle. Ce long-métrage a su se démarquer par la splendeur de ses costumes comme la Duchesse de Devonshire su se faire remarquer à son époque par sa beauté et son goût des belles tenues. Je vous propose aujourd'hui de découvrir le travail du costumier et par cette occasion le destin de cette femme.
Très belle affiche du film qui réunit de talentueux acteurs tels que Keira Knightley, Ralph Fiennes, Charlotte Rampling, Hayley Atwell et Dominic Cooper - source
Le film.
The Duchess est un film qui se déroule dans l'Angleterre du XVIIIème siècle. Il raconte l'histoire de Georgiana, Duchesse de Devonshire depuis son mariage arrangé avec William Cavendish, le richissime Duc, un être froid et dur. Peu à peu, la jeune femme doit faire des compromis. Elle est contrainte d'accepter la liaison de William avec Bess sa meilleure amie. Ils vivront dans un ménage à trois jusqu'à la mort de la Duchesse. En revanche, son mari attend d'elle la fidélité et un héritier mâle. Insatisfaite par cette vie, Georgiana cherche du réconfort auprès de Charles Grey, homme politique influent de son époque. Elle-même s'engage pour les droits des femmes et le parti libéral participant ainsi à la vie publique. Le drame du film est finalement de constater la condition déplorable de la femme que Georgiana subit avec courage tout au long de l'histoire. Illustre ancêtre de Diana Spencer, Lady Di (dont on célèbre actuellement la mémoire, 15 ans après son décès), le film a beaucoup tourné sa promotion autour de ce fait. Et il est frappant de constater à quel point les parcours de ces deux femmes ont été semblables. Je vous laisse découvrir le film et en juger par vous-même.

Le costumier : Michael O'Connor.
Michael O'Connor a remporté l'Oscar des meilleurs costumes pour son travail sur The Duchess en 2009, il avait déjà gagné un BAFTA précédemment pour le même film - source : l'express
Michael O'Connor est Anglais, né en 1965, il a réalisé entre autres les costumes du film Emma basé sur le roman de Jane Austen ou de Harry Potter et la Chambre des Secrets, pour les plus connus. Concernant son travail sur The Duchess, le réalisateur a donné une interview pour le magazine ELLE, on peut en retenir quelques points. Pour lui, cette époque est particulièrement intéressante du point de vue stylistique car on assiste au passage d'une mode assez chargée vers une mode plus classique, plus épurée. Pour ses recherches, O'Connor s'est aidé de livres sur l'histoire de la mode mais aussi des portraits de la Duchesse ainsi que des tableaux d'artistes de l'époque. Le véritable challenge a été de rendre patent à travers les costumes de Georgiana son caractère avant-gardiste et innovant. De même, il a voulu montrer qu'elle le faisait sans tomber dans un style trop ostentatoire et en demeurant simple. Pour le reste, on apprend quelques subtilités dans cette interview, comme l'influence du style vestimentaire de la mère de la Duchesse sur sa fille volontairement visible dans le film.

Qui était Georgiana Cavendish ?
Portrait de Lady Georgiana Cavendish par Thomas Gainsborough en 1787 - source : WCommons
La Duchesse de Devonshire est née Georgiana Spencer en 1757 et est morte en 1806 à l'âge de 48 ans. Elle a épousé William Cavendish, Duc de Devonshire à 17 ans à peine. Si sa vie familiale et sentimentale sont centrales dans le film de Dibb, il passe presque sous silence ses engagements dans la société de son temps. En effet, Georgiana ne fut pas seulement remarquable par sa beauté, souvent flattée par les sources de l'époque, ou par son goût pour la mode, elle aimait lancer les tendances. Elle a tenu des salons littéraires, a rencontré de nombreux politiciens influents et s'est investie dans la vie politique. Concernant ses engagements, la Duchesse a été une militante active du Parti Whig et de Charles Fox en particulier. Elle s'est passionnée pour le jeu, ce qui lui occasionné de nombreuses dettes.  
La Duchesse de Devonshire était très populaire mais aussi réputée pour sa grande beauté - source
Son mariage avec le Duc fut loin d'être une union heureuse, notamment parce qu'il la trompait ouvertement avec Elizabeth Foster, qui sera la seconde Duchesse de Devonshire et parce qu'elle eut des difficultés à lui donner un fils. Ainsi, comme il est relaté dans le film, Georgiana se laissa séduire par Charles Grey (futur Premier Ministre) avec lequel elle eut une fille, Eliza Courtney (ancêtre de Sarah Ferguson).  Une biographie lui a été consacrée, écrite par Amanda Foreman, le film en est fortement inspiré.

Le style.
Le film commence en 1774 lorsque Georgiana épouse le Duc. Il se termine peu après la naissance de sa fille illégitime en 1792. Près de 20 ans sont ainsi illustrés. Toutefois, précisons-le, dans le film, les acteurs ne semblent pas vieillir et comme souvent dans les films historiques inspirés de faits réels, la succession des années paraît accélérée. 
Bien sûr en observant les costumes de ce film, on s'aperçoit bien vite qu'ils sont caractéristiques de ce que portaient les classes aisées. Le costume populaire est bien plus simple tant dans ses ornements que dans les matières utilisées, mais cela est un autre sujet.
Le cadre posé, on peut donc se demander quel est le style vestimentaire qui domine à cette époque.
Trois robes, trois styles emblématiques de la fin du XVIIIème siècle. A gauche, la marquise de Pompadour peinte par Boucher en 1758, robe à la française dans un style rococo. Au centre, une robe à la polonaise en soie peinte de Chine qui montre la fascination des dames de l'époque pour ce qui est exotique, celle-ci date de 1770 environ. A droite, une robe à l'anglaise plus simple, ce tableau de Michel Garnier date de 1796 et représente une élégante à sa toilette - source 1 ; source 2 ; source 3.
Trois courants majeurs marquent la mode de la fin du XVIIIème siècle autant pour les femmes que pour les hommes. Le style rococo perd de son influence, il correspond en France au règne de Louis XV. Bien qu'il soit plus délicat et raffiné que le baroque, ce style reste assez chargé. L'attrait exercé par l'Orient et les colonies se manifeste dans l'exotisme, ce style influence les gardes-robes par le choix des tissus et les motifs des robes par exemple. Enfin à l'aube du XIXème siècle, le style dominant devient plus naturel et plus classique, les tenues s'allègent des artifices accumulés les décennies précédentes. Dans le film The Duchess, les robes portées par Keira Knightley sont essentiellement des robes à l'anglaise, logique me direz-vous ! Mais nous allons aussi nous intéresser à la mode masculine et enfantine.

La mode féminine dans The Duchess.

La robe du mariage, elle est portée par l'héroïne lorsqu'elle épouse le duc, ce dernier la déshabille durant leur nuit de noces, ce qui nous permet d'observer la structure des habits de l'époque ainsi que les sous-vêtements portés.

A gauche, la robe lors d'une exposition, à droite, la scène du mariage. L'actrice porte une robe à la française, cette dernière particulièrement fastueuse était souvent portée à l'occasion des mariages ou d'autres grandes cérémonies. Elle évoque bien sûr le style rococo - source 1 ; source 2
Vue détaillée, vous en trouverez d'autres sur le blog source de cette image - source
La robe à la française se compose d'une pièce d'estomac sur le devant qui est richement ornée. On reconnaît dans la partie inférieure un jupon. Le vêtement de dessus est un manteau, il encadre la pièce d'estomac et le jupon, il se termine au niveau des coudes par des manches en volants. 
La robe à la française se caractérise par une longue traîne partant des épaules, c'est le moyen le plus évident pour la distinguer des autres.
Alors que la nuit de noce commence, les servantes aident Georgiana à retirer ses bijoux.
Ici le Duc coupe les fils reliant le manteau à la pièce d'estomac, c'est symbolique, bien sûr !
Une fois le manteau et le jupon enlevés, Georgiana ne porte plus qu'un corset supportant la pièce d'estomac, une chemise longue et par dessus un gros machin de métal pas très sexy, qu'est-ce donc ?
Il s'agit tout simplement d'un panier, cette pièce était portée afin de donner du volume aux hanches. Celui de Georgiana est couvert en partie de toile ce qui le rend d'autant plus réaliste. Ce genre de panier reste peu exubérant face aux excentricités que s'accordaient certaines femmes de la cour en ce siècle.
On retrouve ici tout à fait le genre de paniers portés par l'héroïne en particulier celui correspondant à la lettre A. C'est sans doute un panier articulé. Celui-ci pouvait se relever sous les bras. Qui a dit que ce n'était pas pratique ? - source
Lady Spencer, la mère de Georgiana porte aussi une robe à la française au début du film - source
Petit exemple d'une robe de l'époque, plus sobre, certes :
Robe à la française trouvée en Angleterre et datant probablement de 1760, faite de soie. On retrouve les caractéristiques vues précédemment, ainsi la taille peu exagérée du panier, la traîne... - MetMuseum
Cependant la robe à la française perd de l'influence dans la suite du XVIIIème siècle, la robe à l'anglaise en revanche est  très appréciée en ces temps d'anglomanie. Si la française sert aux cérémonies, l'anglaise est utilisée par les femmes de la bonne société dans la vie quotidienne. Elle y est en effet plus adaptée par sa simplicité.

La robe à l'anglaise est en effet plus sobre que la française. Elle se compose d'un corsage baleiné qui se termine en pointe dans le dos, celui-ci se ferme par devant grâce à deux pièces taillées en gilet appelées compères. C'est ce qui remplace la pièce d'estomac. Ici l'actrice semble porter des paniers mais ceux-ci vont peu à peu disparaître des robes à l'anglaise d'où leur réputation (justifiée) de tenues plus confortables - source 1 ; source 2

On porte aussi de plus en plus un fichu que l'on croise sur la poitrine par dessus le décolleté, il est souvent maintenu par un bijou et parfois rentré dans le décolleté - source
Tiens une robe à l'anglaise avec un fichu ! Plus j'y pense et plus je me dis que O'Connor a bien fait son boulot, ses costumes sont splendides et historiquement corrects, chapeau ! Cette robe de soie date de 1790, elle est composée de deux compères superposées sur le devant, d'un ruban rayé, une jupe et un fichu - KCI
Ici la ressemblance est encore plus évidente avec la robe que porte Georgiana au début du film, il s'agit bien d'une robe à l'anglaise, ces robes étaient réputées pour la qualité de leurs tissus - MetMuseum
Les tenues portées par Georgiana lors de ses apparitions publiques pour soutenir le Parti Whig sont elles aussi particulièrement belles et proches de la mode de l'époque.
A gauche, Georgiana porte une robe avec de la fourrure de renard sur le chapeau et les mains, normal puisqu'elle soutient le candidat Charles Fox, cette robe est la préférée de Michael O'Connor dont on peut voir un croquis ci-dessus - source
Cette robe montre le caractère excentrique de ce personnage, elle est aussi ma favorite ! - source
La robe-redingote est inspirée par les modes anglaises. Elle a un grand corsage ajusté, boutonné devant par de grands boutons en métal et comporte des revers et collets doubles ou triples. Cette robe est bien sûr inspirée par le costume masculin. La fourrure montre l'influence des pays de l'Est sur les costumes anglais du XVIIIème siècle.
Portrait de Madame Molé Raymond par Mme Vigée-Lebrun en 1787 et conservé au musée du Louvre - La Joconde
La recherche de simplicité dans la garde-robe se fait de plus en plus forte à la fin du siècle surtout dans l'intimité. 

Le film illustre bien l'évolution des styles de l'époque, les robes chargées de Georgiana laissent place à des costumes plus sobres et naturels - source 1 ; source 2
Ces robes sont aussi dites "en chemise" ou "à la créole" - elles ne sont pas tout à fait comme celles présentées sur les photos précédentes - (elles s'enfilent par la tête ou les pieds comme les robes fourreaux et se présentent en une seule pièce). Marie-Antoinette, Reine de France, se fit peindre ainsi vêtue par son amie Mme Vigée-Lebrun. Les tissus changent aussi, la soie est laissée de côté, on apprécie le coton et notamment l'indienne, cette toile de coton peinte ou imprimée de motifs fantaisistes et délicats. 

Parlons chapeaux et cheveux ! Ils sont une passion anglaise au XVIIIème siècle, toutes les extravagances (ou presque) sont permises ! Et puis la mode se diffuse de l'autre côté de la Manche.

Plumes et nœud, le tout sur du feutre noir, tout en sobriété - source
Excessive et mouchetée comme toutes les femmes de son époque - source
Évidemment un pareil chapeau et une telle coiffure semblent incompatibles. Il fallut attendre que les coiffures soient plus basses pour que les chapeaux supplantent les bonnets. Les chapeaux étaient en général à larges bords et la calotte entourée d'un grand noeud. Ceux-ci convenaient à la coiffure volumineuse et basse des années 1780. Quant à ces grandes coiffures portées à la cour ou lors des cérémonies, elles pesaient très lourd, imaginez le mal de tête. Le tout se composait d'une perruque, d'un pouf pour donner du volume et de diverses fantaisies pour l'agrémenter : nœud, fleurs, plumes...
Une coiffure semblable sur le portrait de Philippine Engelhard, écrivaine allemande, réalisé par Johann Tischbein en 1780 - source : WCommons
Thomas Gainsborough, la promenade matinale d'Elizabeth et William Hattlett, en 1785 - source
La mode masculine dans The Duchess.

Au fil du XVIIIème siècle, la mode masculine s'est allégée et simplifiée. L’habit anglais reste influencé par le français.

Voici la tenue portée par le Duc lors du mariage, vous pouvez voir une autre photographie plus haut. Ce costume se divise en trois parties : l'habit ou justaucorps de velours (le terme d'habit désignera ensuite l'ensemble d'un costume, sens qu'il a gardé aujourd'hui) ; la veste, ici richement brodée (lorsqu'elle raccourcira les années suivantes et qu'elle perdra ses manches, on la nommera gilet) ; et la culotte s'arrêtant au genou (plus tard remplacée par le pantalon). On remarque aussi les bas, la cravate, les manches de dentelles assez courtes et discrètes ainsi que les souliers à boucles - source
Comme pour les femmes, l'habit à la française est utilisé pour les cérémonies, dans la vie quotidienne anglaise, il est remplacé par l'habit à l'anglaise, beaucoup plus pratique car allégé. Les trois éléments composant le costume masculin se retrouvent dans toutes les classes sociales mais ce sont comme toujours les tissus et leur qualité qui font la différence. Quant à la veste en particulier, le devant est très soigné mais plus simple pour la partie cachée par l'habit.
La redingote est une nouveauté propre au XVIIIème siècle, ce vêtement est typiquement anglais, on l'appelle aussi frac, les deux costumes étant particulièrement similaires. La redingote remplace peu à peu l'habit - source
Portrait d'un politicien de la fin du XVIIIème siècle par Laneuville, on retrouve une redingote semblable bien que le col soit plus complexe que celle de la photographie précédente - source : La Joconde
Le Duc de Devonshire porte une perruque en bourse nouée par un ruban noir avec deux boucles en rouleaux au-dessus des oreilles, un chapeau à trois cornes - tricorne -  et une cravate - source
Les perruques s'allègent au XVIIIème siècle, elles ont même tendance à disparaître vers les années 1780. Les hommes ne les portent pas la nuit, ils les remplacent par un bonnet de coton. Quant au chapeau, le tricorne est le grand classique de ce siècle, mais il existe aussi d'autres chapeaux que l'on peut voir aussi dans le film comme le chapeau à la charbonnière. Le chapeau est souvent porté sous le bras notamment pour éviter de faire tomber la poudre que l'on mettait sur les perruques.
Voici un autre type de chapeau porté en cette fin de XVIIIème siècle : le chapeau à la charbonnière qui fait beaucoup penser au futur chapeau melon - source 1 ; source 2

La mode enfantine dans The Duchess.

Le costume des enfants est en gros celui des adultes en taille réduite. Souvent engoncés dans des corsages, les enfants se libèrent peu à peu de ces contraintes au fil du siècle, cela sous l'influence anglaise qui apporte toujours plus de simplicité.

Chapeau de paille, ruban et indienne pour Charlotte la fille aînée de la Duchesse.
Une belle variété de couvres-chefs !
Les petites filles portent des bonnets et un ruban serre la robe à la taille .
Les fillettes sont souvent vêtues d'une robe de coton nouée d'une ceinture de ruban vers la fin du XVIIIème siècle. Le bonnet est souvent de mise pour l'intimité, à l'intérieur de la maison.
Sublime portrait de Miss Willoughby par George Romney vers les années 1780, ce célèbre tableau a peut-être inspiré O'Connor pour les habits de Charlotte - source : WCommons
Le bonnet ou l'extravagant chapeau de feutre à plumes - source : WCommons
Voilà, j'espère que ce voyage dans la mode du XVIIIème vous a plu et vous donnera envie de voir ce film ou bien de lire la biographie de cette belle Duchesse au destin passionnant ! 


Si aucune source n'est mentionnée pour certaines images c'est que ce sont des captures d'écran effectuées à partir du film.
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