vendredi 18 mai 2012

Exposition Théâtres Romantiques - Musée de la vie romantique

Le musée de la vie romantique propose actuellement une exposition sur le thème des théâtres romantiques à Paris à partir des collections du musée Carnavalet. Je suis heureuse d'avoir découvert non seulement un cadre magnifique (pierres anciennes et verdure qui contribuent à l'ambiance romantique du lieu) et aussi une exposition riche en informations et en œuvres/pièces de qualité. Dans ce compte-rendu, je me concentrerai surtout sur le sujet qui m'a le plus intéressé, à savoir les costumes de scène du ballet romantique. Pour une vue rapide sur l'exposition et quelques explications générales, jetez un œil sur la vidéo du musée.
Rachel dans le rôle de Phèdre, 1850, par Frédérique O'Connel, tableau conservé au musée Carnavalet et affiche principale de l'exposition - source
L'exposition et le musée.
La cour intérieure du musée et son jardin bucolique, havre de paix en plein cœur de Paris - source
Le musée de la vie romantique est au départ un hôtel particulier construit au début du XIXème siècle, Ary Scheffer, un peintre hollandais, s'y installera en 1830. Dans ce quartier de la Nouvelle Athènes (surnom du quartier où s'installèrent de nombreux comédiens, peintres...), sa demeure connaît une intense activité artistique. Delacroix, George Sand, Chopin y seront reçus. Après  plusieurs successions, l'hôtel est acheté par l’État, c'est en 1982, qu'il deviendra un musée annexe à celui de Carnavalet. Emblématique de l'époque romantique, il est logique que ce lieu serve aujourd'hui de cadre à un musée consacré à cette période.
Quelques vues de l'exposition, tirées de la vidéo du musée
Pour évoquer l'activité théâtrale de la capitale à l'époque romantique, le musée Carnavalet a prêté de nombreuses œuvres : vues de théâtres, projets de costumes et de décors, portraits de musiciens, d'acteurs, de danseurs ou de chanteurs. Ces oeuvres illustrent différents genres allant du vaudeville à la pantomime. On y découvre des artistes très en vogue ces années-là et quelque peu oubliés aujourd'hui : Talma, Rachel, Maria Malibran, Carlotta Grisi et le mime Gaspard Deburau.
Costume de Gaspard Deburau dans le rôle de Pierrot, gravé par Maleuvre en 1833 - source : Gallica
Qu'est-ce que le romantisme ?
Le romantisme est particulièrement lié à l'art, ce courant prend forme en littérature, en peinture, en musique mais aussi en danse et bien sûr l'époque romantique donne des costumes particuliers sur lesquels je reviendrai peut-être dans un futur article. Le romantisme c'est l'exaltation de la passion, des sentiments contre la raison. Le fantastique et le mystère sont mis à l'honneur. On situe généralement ce courant artistique durant la Restauration et la Monarchie de Juillet, soit de 1815 à 1848. Maintenant, intéressons-nous aux transformations concernant la danse et l'émergence du ballet romantique.

La naissance du ballet romantique.
On apprendra lors de cette exposition que deux dates ont marqué l'émergence du ballet romantique. Tout d'abord, le 12 mars 1832 avec la première représentation de la Sylphide, puis le 1er juin 1836 avec celle du Diable Boiteux. Ces deux ballets apportent un nouveau souffle féérique et sensuel. Le musée présente de nombreuses lithographies et gravures illustrant ces deux œuvres.
Marie Taglioni interprète le rôle-titre dans la Sylphide en 1832 - source : WCommons
C'est une chorégraphie de Filippo Taglioni, la Sylphide, qui constitue donc l'acte de naissance du ballet romantique. Sa principale interprète, Marie Taglioni, impressionne par ses pointes, nouvelle technique de danse qui ne tardera par à s'imposer pour devenir ensuite caractéristique du ballet académique. Dans ce ballet, se succèdent créatures fantastiques et sorcières illustrant le goût de l'époque pour le surnaturel. Le tout est fortement inspiré de la mythologie nordique. Parmi les elfes, trolls et ondines, c'est l'affirmation de la danseuse pâle et éthérée qui deviendra centrale pour la danse classique. Le danseur, quant à lui, est réduit au rôle de "porteur" pour mettre en valeur la grâce de sa partenaire.
Fanny Elssler danse la cachucha en 1836 - source : WCommons
Le Diable Boiteux est un ballet de Jean Coralli. Lors de sa représentation, le public fut particulièrement enthousiasmé par la performance de l'interprète principale : Fanny Elsser. Celle-ci introduit une danse espagnole, la cachucha, joue des castagnettes et exécute avec fougue ces pas exotiques sur la scène de l'Opéra de Paris. Toute en sensualité, Fanny Elssler est parvenue à lancer la vogue des danses de caractère dans le ballet européen du XIXème siècle. Par opposition à Marie Taglioni que Théophile Gautier nommait "la danseuse chrétienne", il appela Fanny Elssler "la danseuse païenne". Il est vrai que bien qu'on rapproche ces deux ballerines du même courant artistique, leurs styles restent différents.

Découvrant donc ces deux monuments de la danse classique dans l'exposition, j'ai décidé de faire des recherches afin d'en savoir plus sur ces ballerines célèbres qui s'affirment à l'époque romantique.

L'émergence de la ballerine.
Marie Taglioni, Fanny Elssler et Carlotta Grisi, trois grandes ballerines du ballet romantique représentées ici comme les Trois Grâces dans les costumes de leurs rôles emblématiques, en 1840, lithographie de Chalon- source : WCommons
Le rôle du danseur étant relégué au second plan, les danseuses disposant de 1ers rôles leur permettant d'exposer aux yeux des spectateurs tout leur talent et leurs techniques, comme les pointes, la ballerine s'impose comme une figure incontournable du ballet. Et cela s'ancrera rapidement dans les traditions de la danse dite classique ou académique. Mais à cette époque romantique, les interprètes des plus beaux ballets sont aussi des personnalités à part entière et cela a certainement joué dans leur accès à la célébrité.
Marie Taglioni (1804-1884)
Portrait de Marie Taglioni par Ary Scheffer, fameux propriétaire de l'hôtel rue Chaptal ! - source : L'Histoire par l'image
Mi-Suédoise, mi-italienne, elle passe presque toute son enfance à Paris. Son père, chorégraphe, la soumet à un entraînement quotidien très rigoureux afin de lui faire acquérir une technique et une élégance irréprochable. C'est à Vienne qu'elle fera ses débuts, puis elle deviendra première danseuse de l'Opéra en 1831 avant de connaître la consécration un an plus tard dans le rôle de la Sylphide. Son père est l'auteur de ce ballet qu'il a créé pour elle. Elle termine sa carrière de danseuse en 1847 puis enseigne la danse à l'Opéra de Paris. Elle prend alors sous son aile une jeune ballerine, Emma Livry, qui mourra très tôt alors que son tutu s'est enflammé sur scène. Marie Taglioni meurt dans un quasi dénuement, ruinée par son père, à Marseille en 1884.

Fanny Elssler (1810-1884)
Portrait de Fanny Elssler par Henri Grevedon en 1835 - source : Gallica
Cette danseuse autrichienne est la fille du valet et copiste de Joseph Haydn. Elle étudie le ballet avec sa sœur. Elle interprète des ballets de Taglioni et de Vestris. C'est avant tout dans le Diable Boiteux qu'elle triomphe. En 1843, elle interprètera pour la première fois le rôle de Giselle à Londres. Lorsqu'elle abandonne la scène en 1851, elle se retire à Vienne où elle meurt la même année que sa rivale, Marie Taglioni.

Carlotta Grisi (1819-1899)
Carlotta Grisi dans la Esmeralda de Jules Perrot, lithographie de Joseph Bouvier de 1844 - source : WCommons
C'est une danseuse italienne considérée comme l'une des plus grandes représentantes de la ballerine romantique. C'est à l'école de la Scala de Milan qu'elle apprend la danse. En 1841 elle fait sensation en entrant à l'Opéra de Paris dans le ballet Giselle imaginé pour elle par Théophile Gautier, son beau-frère. Elle était mariée à Jules Perrot, chorégraphe, qui la mit en scène dans Esmeralda, ballet inspiré du chef d’œuvre de Victor Hugo. Nous pouvons voir cette lithographie dans l'exposition du musée de la vie romantique. En 1854, elle fait ses adieux à la scène et meurt en 1899 à Genève.

Les costumes du ballet romantique.
Comme dit plus haut, l'époque romantique, c'est la Restauration, le retour des rois et surtout de la dynastie Bourbon. Le blanc, couleur de la royauté est en vogue. C'est celle que choisira la danseuse Marie Taglioni. Pour jouer la Sylphide, il lui faut un costume léger, éthéré. Une robe juponnée de mousseline faisant bouffer la jupe de gaze blanche, dessinée par le peintre Eugène Lami pour ce ballet, assorti aux chaussons de satin rose, devient donc l'uniforme de la ballerine. Aucun ornement ne vient l'alourdir, si ce n'est un ruban de bleu pâle qui ceinture la taille et un modeste bouquet de fleurs au corsage, quelques perles autour du cou. Bien sûr de petites ailes à motif de plumes de paon ornent le dos du costume. L'idée est de garder cette évanescence caractéristique qui transforme la danseuse en créature féérique.
Emma Livry dans la Sylphide - source : Gallica
La mode de ville s'inspire aussi de la tenue de Marie Taglioni.
Portrait de Madame Achille Flaubert par Court en 1839, la jeune femme porte une robe blanche au tissu léger rappelant de la mousseline. Cette peinture illustre l'influence du ballet blanc sur la mode féminine - source : La Joconde
En 1841, le ballet Giselle impose définitivement ce costume blanc et vaporeux. Les ballerines portent de longs tutus blancs.
Le ballet Giselle en 1849, le plus célèbre ballet du répertoire classique, au programme de toutes les compagnies de danse classique dans le monde - source : Gallica
Le célèbre ballet le Pas de Quatre réunissant Taglioni, Grisi, Cerrito et Grahn, lithographie de Chalon datant de 1845, présente dans l'exposition. Les ballerines y portent toutes le même costume, des robes de gaze blanche avec pour seuls ornements quelques fleurs dans les corsages dans les cheveux - source : V&A
On ne parle pas encore de tutu à cette époque mais de jupes, jupons ou juponnages. C'est seulement à la fin du XIXème siècle que le terme de "tutu" apparaît. Mais l'histoire du tutu ne se termine pas là !
Lithographie représentant Carlotta Grisi dans le rôle d'Ondine exécutant le pas de l'ombre dans le Ballet Ondine du chorégraphe Jules Perrot en 1843 - source : Wikipédia
Conclusion.
J'ai apprécié cette visite pour la qualité des documents que j'ai découvert. Il m'a plu de pouvoir voir "en vrai" ces lithographies et gravures représentant ces grandes danseuses du XIXème car c'est un thème qui m'est cher. Le ballet romantique y est bien représenté, on peut avoir un aperçu intéressant de l'évolution du costume de scène au début du XIXème siècle. Il est étonnant de constater que c'est durant cette période que se posent les bases du costume de la danse dite "classique", toujours d'actualité aujourd'hui.
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